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 Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...

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MessageSujet: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Dim 9 Mai - 15:15

CANDLEBERRY; Marian Jonathan Caleb
30 ans
souffrir et tenir bon
« Je suis le même que t'as connu
qui aujourd'hui avoue se sentir perdu
Je suis le même que t'as voulu
Purgeant sa peine comme un pauvre gars perdu
Je suis le même que t'as aimé »

CRUSADERS



I. Story left behind
      Date & Lieu de Naissance ; 19 mai 1942, San Francisco, Californie, Etats-Unis d’Amérique.
      La naissance de Marian fut un véritable désastre, il était en avance, sa mère n’en était qu’à son septième mois, mais dès qu’il fut hors de danger, sa mère vibrante de joie et transportée sur un petit nuage, lui a chanté ses louanges toute la nuit tandis que son père, une main tendrement posée sur l’épaule de sa femme, contemplait ce fils qui n’était pas le sien mais qu’il allait aimer comme sa propre chair, au détriment de son véritable père, mort avant d’avoir pu regarder les yeux bleus de son fils nouveau-né pour lui dire aussi à quel point il l’aimait. Marian est né dans une famille aimante et pleine de bonne volonté, seulement, son père lui avait légué un héritage bien plus puissant que ce qu’il n’aurait pu vouloir. Ou que ce qu’il pouvait supporter.

      Au départ, Marian devait être un enfant comme les autres, élevés par un père stricte et une mère libertine qui vivait ses années d’avant la guerre. Bien sûr, l’atmosphère de son enfance ne fut pas très gaie puisqu’avec la Deuxième Guerre Mondiale, en raison de son attache encore très grande pour son pays d’origine, l’Angleterre, son père, malgré qu’ils soient désormais indépendants de leur premier pays colonisateur, décida d’aller faire la guerre dès l’annonce des premiers combats, en 1945. Il revint, mutilé et changé, en 1951, quand, ayant posé le pied sur une mine, il dû être amputé d’une jambe et eut la moitié du corps brûlé. Désormais cloué dans sa chaise roulante et avec un enfant de neuf ans, actif et très impulsif, il se renfrogna et c’est alors que l’enfance, jusque là plutôt difficile mais heureuse de Marian, bascula dans un enfer noir de coups et d’injures. Fini les temps où sa mère régnait malgré les ordres de son père. Fini la chaleur de la famille unie. Fini l’enfance de Marian, commençait pour lui une toute nouvelle vie. Des tremblements, des impulsions animales incontrôlables. Fervents catholiques, ses parents le crurent posséder et firent venir à deux reprises le prêtre pour l’exorciser quand lui prenaient ces «crises démoniaques» où il devenait irritable et grognait sur tout ce qui s’approchait de lui, les pupilles dilatées. Le prêtre désirait l’emmener à Washington, dans un Institut pour jeunes à problèmes, où on pourrait mieux le traiter. Sa mère, malgré tout, eut beaucoup de réticences et ce n’ est que deux ans plus tard, alors que les crises commençaient à devenir de plus en plus fréquentes et violentes, qu’elle décida de l’y envoyer. Néanmoins, les places étant limités, Marian fut envoyé dans un pensionnat à Washington pour s’éloigner de ses parents en attendant son admission.

      Pourtant, il ne s’est jamais rendu dans ce pensionnat.


      Date & Lieu de de la première transformation ;17 juillet 1953, sur le chemin de fer reliant Boston à Washington, entre deux états, États-Unis d’Amérique.
      Sa première transformation n’était pas du tout prévue. Il avait à l’intérieur ce sang chaud et impulsif qui lui avait donné son caractère bien trempé. Même dans le train, il avait de la difficulté à contenir une énergie débordante qui refleurissait en instabilité et crises d’agressivité. Il était dans un wagon avec un homme, grand, maigre, l’air hagard. Et il y avait quelque chose dans son regard, dans sa façon de toiser avec mépris le jeune Candleberry qui faisait redoubler d’intensité les crises. À un moment donné, l’homme qui avait aussi une peau tellement blanche qu’elle en devenait presque translucide se leva et quitta le wagon comme s’il y eut une odeur infecte, qu’il n’arrivait pas à supporter. À ce moment, à son tour, Marian dû sortir du wagon, sa rage qui bouillait en lui était insoutenable, il titubait de douleur et d’agressivité. Ses yeux commencèrent à voir de plus en plus rouge, puis, d’un coup, ce fut comme si le sang jaillissait à l’intérieur de lui, déferlait dans ses veines pour la première fois.

      Ignorant ce qui lui arrivait mais sentant que, malgré la douleur, malgré la rage qu’il ressentait, ce n’était pas mauvais, Marian se sauva de l’emprise du prêtre et par le fait même de la présence de l’autre homme. Toutefois, tandis qu’il s’éloignait, la douleur et la sensation de bouillir de l’intérieur s’estompa. Quand il eut atteint la queue du train et qu’il sortit prendre l’air, la panique s’empara de lui en voyant, juste un peu plus, à environ 1 kilomètre, une bande d’hommes et de femmes qui couraient, habillés en haillons, derrière le train. Un instinct nouveau se réveilla en lui et, comme tout à l’heure avec la présence de l’homme à la peau livide, cette sensation de devoir atteindre un but, atteindre une forme nouvelle dont il ignorait l’existence même le reprit et cette fois, au lieu de la combattre, il se laissa submerger.

      Aussitôt, une profonde et vive douleur se réveilla à la base de sa colonne vertébrale et il comme premier réflexe de résister, mais elle empira et, avec le peu d’esprit encore lucide qui lui restait, Marian tomba à genou et s’agrippa à la barrière de sécurité en métal. Il ne sentit pas le métal fléchir sous ses doigts, empruntés la forme de sa petite paume. Ce qu’il ressentit par la suite fut encore plus terrible et magique que ce qu’il avait ressenti auparavent. Son dos sembla se rétrécir, s’arquer, puis ce fut ses jambes, qui devinrent des pattes, puissantes et énormes, d’une couleur encore indécise. Il avait quelques touffes hirsutes, ici et là, vestiges de son pelage de chiot, mais quand il s’élança à vive allure vers son ennemi naturel, il ne resta pas longtemps ce jeune chiot téméraire. À mesure qu’il galopait, désormais complètement transmuté en un loup, son corps continuait de changer. Malgré son très jeune âge, ses instincts avaient été plus fort que son humanité et ses muscles grossirent, se bombèrent, se tendirent, puis se solidifièrent à mesure qu’il courait à vive allure vers un danger dont il ignorait jusqu’alors l’existence même. Étonnés de voir un loup venir vers eux et déstabilisé par sa masse impressionnante, les vampires, car c’en étaient bel et bien, ne se démontèrent pas. Ils accélérèrent et foncèrent tout droit sur un Marian qui ne contrôlait plus ses pensées, qui n’avait qu’un seul goût en bouche : le marbre de leur peur, le cristal de leur os. Malheureusement, ils étaient treize contre un jeune loup, quoique puissant et impulsif, qui en était à sa première rencontre avec ce qui devait devenir son ennemi et la cause de ses malheurs. Laissé pour mort dans le champ qui bordait le chemin de fer, Marian oscilla entre homme et loup durant trois jours et trois nuits, jusqu’à ce qu’il soit complètement guéri. La menace était partie et il se retrouva nu, meurtri par ses récentes blessures et complètement perdu.

      Comment retrouver son chemin?



    « I could go back to every laugh,
    But I don't wanna go there anymore,
    And I know all the steps up to your door,
    But I don't wanna go there anymore.
    »

    « Je savais depuis le départ ce qui m’arriverait, je le savais, mais je ne pouvais pas faire autrement. Même si j’avais voulu résister, empêcher la mutation, rien n’y faisait, c’était rendu vital pour notre clan de se transformer. À la pleine lune, au départ, puis de plus en plus souvent, jusqu’à ce que ça devienne un mode de vie. Petit à petit, nous sommes retournés à l’état sauvage. Nous n’étions plus humains, nous sommes devenus loups. Nous sommes redevenus loups. Un retour aux racines. Pourtant, si je peux écrire maintenant, c’est parce qu’il y a eu un changement. D’habitude, nous procréions entre notre espèce, gardant jusqu’à un certain point, après plusieurs générations, quelques souvenirs de notre humanité. Moi, toutefois, ne m’en souvint pas lorsque, rencontrant cette louve, je m’accouplai avec elle. Elle vint rejoindre notre meute, mais on me reprochait de l’avoir engrossée parce qu’à date, personne n’avait osé le faire. Tant que c’était entre nous, nous savions à quoi nous en tenir, mais qu’allait-il advenir d’un nouveau qui avait plus de sang loup qu’homme? Nous l’ignorions, mais quand naquirent mes filles et mes fils, au nombre de sept, la meute entière resta bouche-bée. Semblant avoir été l’hôte d’une portée assez étrange, les gênes ne se sont pas répartis comme nous l’avions appréhendé. Ma compagne donna la vie à quatre hybrides et trois loups sauvages. Je dis hybrides parce qu’ils sont nés humains, mais se développaient comme des loups et avaient leur force, leur résistance et leur caractère animal. J’avais un fils et trois filles qui étaient des humains avec la mentalité d’un loup et deux fils et une fille qui étaient des loups. La meute m’intima de me débarrasser de mes rejetons hybrides, ils attireraient l’attention. Ma rébellion fut telle que même l’Alpha ne put me raisonner et je m’enfuis avec ma compagne. Nous vécûmes en binôme solitaire avec nos enfants jusqu’à ce que mes hybrides deviennent adultes. Beaucoup plus grands et forts que moi, ils devinrent incontrôlables, mais restaient doté d’une chose que nous avions perdue : la capacité de se transformer. Eux seuls pouvaient, lors d’un événement trop mentalement déstabilisant, comme la mort de ma compagne, se muter en loups énormes et surpuissants. Ils étaient décidément trop beaux pour que je les laissât s’en aller comme de vulgaires obscénités dans la nature, alors je renonçai à mon titre d’animal et, avec force et détermination, je réussis à reprendre forme humaine.

    Je n’avais peut-être plus le même corps qu’avant, mon enveloppe charnelle s’était transformée, j’étais plus poilu, mes dents plus pointues, mes ongles sales et qui ressemblaient à des griffes, mais j’avais une musculature imposante et beaucoup de cicatrice. Je me tenais dans une position semi-accroupie, j’avais perdu l’habitude de me tenir en bipède. J’ai tenté de contrôler mon fils et mes filles hybrides, mais rien n’y faisait. À la fin, j’ai dû les tuer moi-même, incapable de les civiliser. Se révélèrent alors à moi mes trois autres progénitures, ceux que nous avions toujours pris pour de simples loups. C’était en hiver, j’avais repris ma forme animale pour pouvoir survivre et je chassais avec mes enfants, lorsque je me stoppai net et que le poil se hérissa dans mon dos. Je pourrais reconnaître cette odeur à des miles à la ronde.

    Un vampire.

    Mes fils et ma fille s’arrêtèrent en même temps que moi et, bien qu’ils n’aient jamais senti une odeur pareille, ils se mirent à grogner, à glapir en me jetant de bref coups d’œil. Je savais ce que ça voulait dire, c’était le même signal que nous nous étions, donnés, des générations plus tôt. Je me souvenais de ma forme humaine, je pouvais me rappeler avoir combattu ces créatures sanguinaires en prenant ma forme de loup. Aussi, quand, d’un coup, deux de mes fils explosèrent et devinrent deux hommes grands, puissants, recouverts d’une toison de la même couleur que leur pelage, l’air féroce comme les hybrides et prêts à attaquer, je repris aussi forme humaine et, avec surprise et délectation, constatai qu’ils avaient hérités, sans le savoir, du souvenir de la vie humaine. C’était dans leurs gènes de se soulever contre les vampires et si, d’ordinaire, c’était le contraire qui se produisait ― l’homme se transformait en loup ― chez eux, leur forme humaine était plus puissante encore que leur animal et ils foncèrent tout droit sur le vampire avec une tactique impressionnante. Ma fille ne se transforma pour la première fois que plus tard, lorsque nous avons rencontrés deux vampires. Elle était divinement belle. Pourtant, son cœur de jeune femme, après avoir connu la forme humaine, voulait continuer de vivre ces sensations qu’elle n’avaient jamais eues. Quittant ses deux frères et son père pour aller commencer une vie humaine, son corps se détériora et elle redevint comme son géniteur : une lycanthrope. Je ne la revis que des années plus tard, quand elle se transforma en une louve magnifique, qui avait gardé sa jeunesse et son apparence depuis sa dernière mutation. Elle était enceinte d’un humain. Que devait-elle faire? Malgré elle, elle venait de réduire les chances d’accoucher d’un homme bien normal à zéro en se transformant pendant sa grossesse. Lorsque je le lui appris, elle fondit en larmes et je ne la revis que quelques mois plus tard, quand elle me demanda de l’aider avec son enfant. Le père était parti et elle n’avait jamais donné la vie, elle était inquiète.

    Je laissai mes fils défendre la forêt bordant le pays contre les vampires et reprit forme humaine. Il me fallut quelques temps pour accoutumer mon corps aux changement humains, mais puisque j’avais la mémoire longue, je m’adaptai sans handicap. Ma fille aussi s’était adaptée, elle vivait maintenant une vie humaine presque normale, si ce n’était ce nouvel hybride. Son premier fils était mi-homme, mi-loup. Le haut du corps très humain, il avait cependant de petits dents qui perçaient, pointues, et des ongles tranchants. Le bas de son corps, toutefois, était une autre histoire. Dotés simplement de pattes grouillantes et d’une petite queue toute mignonne qu’il agitait sans cesse, cet enfant était indécis, que je lui appris. Dans son esprit luttait deux natures pour lesquelles sa mère avait donné son cœur et si elle ne pouvait pas choisir, alors lui non plus ne pourrait pas. Elle a choisit de rester humaine et me demanda si j’étais prêt à l’aider, sentant que ce premier fils n’allait pas être de tout repos.

    J’acceptai, et c’est ainsi que naquit la famille Jackson.
    »
    Extrait du journal de Timothy Jackson, 1724.

    200 ans plus tard, en 1924, durant les années folles, un jeune homme de dix-neuf ans refermait ce livre craquant de vieillesse, racornis par le temps, rendu sépia à cause des décennies passées dans cette malle recelant tous les souvenirs de la famille Jackson. Gabriel était un passionné de littérature et il voulait tout savoir de son état, ce qu’il était. À dix-neuf ans, Gabriel ne prenait aucun plaisir aux années folles, à dépenser depuis la fin de la première guerre mondiale, même si ses parents l’y encourageait, lui était plongé à longueur de journée dans les livres de son premier ancêtre, le premier de son clan depuis des millénaires à reprendre forme humaine pour de bon. C’était le père de vingt-quatre générations d’enfants hybrides. La fille de Timothy Jackson, Helena Jackson, donna naissance à trois autres fils et à cinq filles. Tous, sans pourtant qu’elle se soit transformée, naissaient mi-homme, mi-loup, mais tous, aussi, retrouvaient forme humaine complète lors de la première pleine lune, où ils se transformaient complètement en loup, puis au matin redevenait humains. Gabriel descendait directement de Saphira Jackson, la première fille d’Helena. Cela faisait de lui un hybride de deuxième type, parce qu’il avait, dans sa lignée, perpétré la tradition par la mère et tous les premiers-nés avaient été des filles. Sauf lui. Gabriel était le fils aîné de Theodora Jackson et de Dean Waxter. Frère de cinq autres enfants, toutes des filles celle-là. Depuis la première génération, puisque les gènes n’étaient pas dissout avec du nouveau sang comme la génération suivante, seuls les aînés étaient hybrides et pouvaient se transformer quand ils le désiraient, mais étaient aussi investi d’une mission : protéger les habitants de leur ville. C’est pourquoi, habituellement, le clan Jackson se déplaçait en petit groupe d’une vingtaine d’individu, pour assurer la protection des humains. Gabriel était l’exception à son type et, pour cela, sa mère l’a toujours plus chéri et adoré. Ses sœurs sont toutes lycanthropes, mais elles ne peuvent se transformer que sous l’influence de la pleine lune. Autrement, elles vivent normalement.

    Gabriel referma le livre et décida d’aller se promener un peu. Au dehors, la neige tombait à gros flocons sur Boston et il sourit. L’hiver était sa saison préférée parce que, lorsqu’il mutait, son pelage argenté, hérité selon sa mère, de Saphira. Il était aussi le seul lycanthrope de deuxième type a avoir hérité du pelage de la première louve hybride. Et sa robe faisait l’objet de bien des convoitises, surtout de la part de ses sœurs qui étaient toutes d’un chocolat foncé ou bien pâle, sauf sa première cadette, Beatrix, qui était d’un roux flamboyant, comme ses cheveux, mais c’était plus à cause de Dean, un irlandais pure souche qui avait une tignasse d’un orange éclatant. Sortant par la fenêtre de sa chambre, il sauta avec pour seul vêtement sa peau chaude et dorée, mais atterrit dans la neige molle et duveteuse sur ses quatre énormes pattes grises. Il s’élança à travers les bois avec beaucoup d’entrain et put entendre des amis, des cousins qui vivaient aussi à Boston, qui galopaient comme lui sous le couvert de la forêt. Gabriel alla les rejoindre et eut du plaisir avec eux, avant d’entendre l’appel de sa mère. Il rentra par où il était sorti et dans sa chambre l’attendait Beatrix, avec des vêtements chauds. Il roula des yeux, mais les enfila lorsqu’elle lui dit : « Pandora est en bas, elle t’attends pour aller patiner, ne la fait pas attendre. » Il lança un clin d’œil à sa sœur, lui vola un baiser sur la joue, puis dévala les marches de leur grande maison quatre à quatre pour aller rejoindre Pandora, celle qui faisait battre son cœur de loup. Bien sûr, elle ignorait sa double existence, mais ils sortaient ensemble depuis bientôt trois ans et ils avaient des projets ensemble, alors peu importe si elle était au courant, tous, ou presque, acceptait Pandora comme une des leurs malgré son ignorance.


    « Ma chérie! Je suis désolé d’être en retard, s’excusa-t-il en sautant les dernières marches, un large sourire fendu aux lèvres.
    - Ça va, tu sais, je commence à m’habituer. Peut-être que je devrais me mettre à être en retard aussi, comme ça on serait égaux, au moins!
    - Oh non! Toi, ce n’est pas juste, tu es si belle, ça me ferait languir et tu sais comment je deviens, quand j'ai envie de toi...
    - D’accord, d’accord, tais-toi maintenant idiot. Allez, viens. »

    Et sans lui laisser le temps de répliquer, elle empoigna sa main et ils s’engouffrèrent dans la voiture de Pandora. Ses parents refusaient depuis longtemps de lui en acheter une puisqu’ils clamaient qu’il avait assez de ses deux pattes ― quatre même! ― pour se déplacer et que ce serait une dépense inutile. Et Gabriel continuait de rétorquer qu’il était le seul à l’université à ne pas en avoir une et qu’il ne pouvait décemment pas se pointer tous les jours de la semaine l’année longue à pied à l’école. Même s’ils habitaient presque sur le campus. Pourtant, ses parents tenaient bon. Et lui aussi. Pourquoi, alors ne pas s’en acheter une lui-même? Parce que Monsieur ne pouvait pas travailler parce que sa famille, enfin, sa mère et lui, étaient souvent amenés à voyager un peu partout où le reste du clan Jackson était installé pour aider les autres avec leur menace vampirique. Gabriel n’en était pas à ça près de voyage, encore moins de vampires tués, mais il ne prenait pas véritablement son rôle au sérieux, se contentant de décapiter quelques suceurs de sang par année, sans pour autant se soucier d’avoir un jour des problèmes à Boston. C’était là où se concentrait une majorité des Jackson.

    En revenant ce soir-là, toutefois, la vie de Gabriel allait être bouleversée. Tandis qu’ils roulaient pour revenir du centre-ville, où ils avaient patinés, puis mangé, puis c’étaient promenés sous un ciel de coton blanc et bleu, Gabriel crut sentir un tressaillement dans sa nuque, comme une menace qui se rapprochait. Il demanda à Pandora de se garer sur le côté et, une fois cela fait, la menace sembla s’amplifier et il put sentir le tremblement singulier annonçant une transformation prochaine. Il bifurqua rapidement dans le stationnement d'un drugstore, intima à Pandora l'ordre de ne pas bouger de la voiture et il entra en coup de vent, se dirigeant immédiatement vers le téléphone. Il décrocha, donna son numéro à l'opératrice et il fut mis en relation avec sa mère. Il lui parla dans l’ancien langage de son peuple, de leur pays originel, l’Irlande, là où le clan de Timothy Jackson était né, puis avait émigré avec les nouvelles colonies anglaises, pour ensuite se défaire de l’Angleterre, mais ils avaient toujours gardés ce dialecte, qui leur permettait de communiquer sans que personne ne puisse comprendre. Excité mais nerveux aussi, Gabriel parla très vite : « Mam, Mamaí, I mo thuairimse, tá vampire Dan thart. Tá mé le Pandora, le do thoil, inis dom cad atá le déanamh, Mamaí.
    - Shhh, ciúin anois mo aingeal, beidh mé go maith, tá sé déanta agat cheana féin mórán de na huaire. Tástálacha a fhios agam conas a lán a. Pandora ar ais go luath sa bhaile, glao ar treisithe. Téigh agus mo buachaill a fháil, lui répondit sa mere avec un calme étonnant.
    - Maith go leor, maith go leor. Tóg Rickers agus Trevor in éineacht leat, is dóigh liom dhá, ach is féidir leo dul i líon níos mó. Victoria thoradh Yolie freisin, go bhfuil siad go tapa.
    - Trevor, Rickers, Victoria agus Yolie, dúirt sé, seol mé iad an glaoch. Fan Pandora go háirithe mar níl a fhios againn cé na vampires. Mo Dhia! tharla nach raibh sé ar feadh na mblianta beagnach caoga!
    - Inis tú dom tar éis bogadh siad níos gaire do lár, Mamaí, a dhéanamh go tapa. Is tú mo ghrá, slán.
    - Is breá liom an iomarca, slán. »

    Sa mere raccrocha en même temps que lui et, prêtant l’oreille, Gabriel distingua, malgré le vent et les bruits alentour., le hurlement que sa mère poussa et qui, très certainement, aviat dû résonner à des kilomètres à la ronde. Pandora l’attendait derrière, les sourcils froncés, se demandant de quoi il venait de parler. En trois ans de couple, jamais elle ne l’avait vu aussi excité et effrayé en même temps, mais surtout, jamais elle n’avait entendu tel dialecte. Les bras croisés et grelottant, quand il voulut la serrer contre lui et la ramener dans la voiture, elle se rebiffa et lui demanda des explications. Elle clama qu’elle avait entendu le nom de Yolie, sa meilleure amie, et aussi le sien, et puis vampire. Gabriel lui sourit gentiment et lui dit qu’elle ne devait pas s’inquiéter, qu’il venait simplement de se souvenir de quelque chose d’important à dire à sa mère, à propos du frère de Yolie, Rickers. Peu convaincue, Pandora accepta tout de même de monter dans la voiture, mais Gabriel insista pour conduire. Elle aurait dû refuser, bien sûr, mais elle hocha simplement la tête.

    Dans sa hâte de la reconduire chez lui, Gabriel slalomait entre les voitures. Il utilisait ses yeux de loup et son ouïe animale pour zigzaguer parmis les automobilistes à une vitesse folle. Pandora, accrochée au tableau de bord et enfoncée le plus possible dans son siège, avait la gorge nouée de peur et était secouée de tremblements. En arrivant à un feu vert, Gabriel accéléra brusquement, et au même instant, une fourgonnette grillait son feu rouge, klaxonnant avec vivacité. L’homme au volant avait l’air terrifié et , alors qu’il allait se faire emboutir, Gabriel enclencha la marche arrière à la vitesse de l’éclair et recula en slalomant entre le flot de voiture qui s’avançait, n’ayant certainement pas vu la camionnette arriver. La collision fut fatale pour le chauffeur du pick-up que la fourgonnette emboutit avec force, projetant l’énorme voiture à uen vingtaine de mètre plus loin, faisant elle-même des tonneaux jusque de l’autre côté de l’intersection. Reculés à environ vingt mètres de là où ils étaient supposés se trouver, Gabriel jeta un bref coup d’œil tandis que Pandora, ébahie, ne croyait pas ce qu’elle voyait, puis redémarra en faisant crisser les pneus et reprit la route qui menait vers chez elle. Encore sous le choc de ce qui venait de se produire, Pandora ne remarqua pas le pli de soucis dans le front de Gabriel lorsqu’il l’aida à sortir de la voiture, la fit entrer chez elle et resta avec elle jusqu’à ce que sa mère l’apelle. Il la laissa d’un baiser sur le front en répondant au téléphone, angoissé : « Vous les avez eu?
    - Oui, ils étaient trois, des jeunes. Je ne sais pas du tout ce qu’ils venaient faire à Boston, ils étaient complètement sauvages.
    - Bien, j’arrive.
    - Je t’attends mon ange. »

    Il raccrocha et alla trouver Pandora au salon, mais elle n’y était plus. Il la cehrcha dans la cuisine, dans la salle à manger, mais elle restait introuvable. Il monta ensuite dans sa chambre et la trouva, effondrée dans son lit, en train de pleurer. Immédiatement, il lâcha son manteau qu’il tenait à la main et se précipita vers elle, mais elle le repoussa : « Va-t-en! C’est de ta faute! Mon Dieu, mais qu’est-ce qui s’est passé? Comment as-tu pu savoir que cette fourgonnette arrivait, comment as-tu réussi à reculer aussi vite? Gabriel, mon Dieu, c’est impossible! Et cette langue, ce langage que tu as parlé avec ta mère, jamais je ne t’ai entendu parler ainsi! Dis-moi ce que c’était, à la fin!
    - Je, j’ai une très bonne ouïe et je suis excellent conducteur.
    - Ça ne suffit pas d’entendre correctement, la fourgonnette arrivait si vite qu’on aurait dû être emboutis par elle! Et le langage, c’était quoi?
    - De l’irlandais.
    - Irlandais? Tu parles Irlandais, maintenant? Depuis quand? Et qu’est-ce que vous vous disiez? J’ai entendu mon nom, j’ai le droit de savoir!
    - Ma famille entière parle Irlandais, surtout à cause de Dean, mais aussi parce que nos racines sont en Irlande, bien que nous ayons immigrés aux États-Unis depuis plus de deux cents ans, nous préservons encore notre langue d’origine. Ce ne sont pas de tes affaires, c’était entre ma mère et moi.
    - Ta famille entière? Tu as cinq sœurs, c’est tout, à ce que je sache! Tu ne m’as d’ailleurs jamais présentée à tes grands-parents, pourtant, tu parles toujours d’eux!
    - Nous sommes peut-être quelques centaines de Jackson à vivre à Boston. Au-dessus de mille dans le monde entier. Mes grands-parents sont, disons, inacessibles…
    - Au-dessus de mille? Je ne connais aucune famille qui soit au-dessus de mille dans le monde entier! D’où est-ce que tu me sors ça, inacessible, tu dis que tu les vois souvent! Je t’ai déjà entendu parler avec Rickers et Yolie d’eux. Pourquoi tu me caches ta famille, Gabriel? Est-ce que Yolie en fait parti aussi? Rickers?
    - Oui, nous sommes plus de milles. Chaque fils et fille de la génération précédente a engendré autant sinon plus de descendants et nous sommes très fertiles. Ce n’est pas n’importe qui qui peut voir mes grands-parents, Pandora, essaies de me comprendre, ils sont vieux, ils faut les épargner. Yolie et Rickers sont des cousins, mais leur mère a pris le nom de son mari, même quand il est mort et Rickers et Yolie ont le nom de leur père.
    - N’importe qui? Alors je suis n’importe qui! »

    Elle ne lui laissa pas le temps de répondre, elle lui jeta des coussins à la figure et le poussa en dehors de sa chambre. Elle verrouilla sa porte et lui cria de partir. Le cœur en miette de s’être ainsi fait rejeté, Gabriel ne put contrôler son émotion et d’un coup, un long grognement emplit sa poitrine et il défonça la porte d’un puissant coup d’épaule et, tremblant de rage, il s’insurgea en lançant, tellement en colère autant contre lui-même que contre elle qu’il se mit à parler en irlandais sans s’en rendre compte :

    « Ná ní dóigh liom a dhéanamh nó sí ciontach i dtaobh gan iad a chur i láthair duit! Tá siad inrochtana do speiceas, tá siad fiáin, tá siad sean, nádúr smacht acu a bhí ceart! Ná déan iarracht dar liom gcion gheall mé rudaí i bhfolach i do na daonnachta leochaileacha! Más mian leat rud ar an eolas, toisc nach bhfuil an méid is mian leat, an ea? Más mian leat a fháil, go maith, tá, tá leath na cónaitheoirí áitiúla mo theaghlach, ach ní dhéanann sé ar shiúl ón cad is dóigh liom duit agus tá súil agam someday féidir leat a thuiscint go bhfuil mé a dhéanann sé ar fad le déanamh agat! Níor cheart daoine cosúil liomsa atá ceaptha chun titim i ngrá le daoine cosúil leat, mar is féidir é a bheatha i mbaol. Táimid créatúir creiche, atá i bhfad níos láidre ná linn uaireanta, ach ba chóir dúinn sinsearaí, comhrac in aghaidh na nithe seo againn! Mar sin a choinneáil ag insint dom gur mise an amadán, a monster! Tá mé ná ceann amháin ná an ceann eile, tá mé ar hibrideach a tháinig a shábháil ar do chineál na sceimhle fuilteacha, ansin ach iarracht chun cónaí humanely, stop tú ag iarraidh an oiread ceisteanna agus is maith liom sí, go Tá mé ceist ar fad! Lig dom scíth, le haghaidh an grá Dé! »

    Le visage livide de peur, Pandora le regardait à mesure que ses derniers mots se transformaient en glapissement canins, que ses ongles poussaient. Son corps bouillait d’une fièvre incontrôlable et d’un coup, il tourna les talons et elle n’eut que le temps de voir le corps de son bien-aimé exploser en millions de petites particule sde vêtements et une longue queue poilue argentée tourner le coin, puis il fut disparut. Elle se laissa retomber sur son lit, regardant la porte qui brinquebalait, instable, dans ses gonds et elle se remit à pleurer. Elle n’avait comprit aucun mot de ce qu’il venait de lui dire, mais elle se disait que ça ne devait être que des insultes et que c’était pour cela qu’il était parti aussi vite, parce qu’il venait de la quitter en irlandais. Mais d’où provenait sa force surhumaine, d’où lui venait cette aura magnifique et terrifiante qu’elle aurait presque pu palper?

    Peu fier de ce qu’il venait de faire, Gabriel, muté en loup pour s’apaiser, galopait à vive allure en ruminant de noires pensées quand, d’un coup, à ses côtés se trouvait sa mère et Rickers, son cousin de typer un, la mutation paternelle, avec Trevor. Il ne voulait voir personne, même pas eux et quand ils essayèrent de le stopper en s’accrochant à sa grise collerette, il se retourna et leur asséna à tout les deux de violents coups de dents et de pattes, les laissant sur le tapis de neige blanche. Il accéléra et tenta d’apeller sa mère, mais elle ne répondit pas à son appel. Derrière lui, peu de temps après, il entendit les jappements graves de Layla, la chef de la meute de deuxième type. Aussitôt, son sang ne fit qu’un tour et il n’eut d’autre choix que de se soumettre à son ordre : s’arrêter. Ils étaient sous le couvert de la forêt, mais on pu nettement entendre le grndement sourd qui monta dans la poitrine de Gabriel tandis qu’il attendait qu’elle soit près de lui. Elle reprit forme humain, complètement nue et portant diverses cicatrices, mais étant son chef, sa vue ne lui faisait aucun effet et s’il baissa les yeux, ce fut simplement parce qu’elle le lui intimait. Elle se mit à tourner autour de lui, lançant parfois des petits grondements de reproche, puis elle se planta devant lui et lui dit, la voix pénétrante et dure : « Gabriel, qu’as-tu donc fait? Ne dois-tu pas protéger ces humains, non pas les effrayer? As-tu lu la peur dans son regard, la terreur de se faire tuer sur place? As-tu vu, Gabriel?
    - Non, Layla, je n’ai pas vu. Elle m’a cherché, elle m’a posé des questions auxquelles je ne pouvais pas répondre, et elle voulait me faire sentir coupable!
    - C’est son droit, Gabriel, tonna-t-elle d’une voix de chef, c’est son droit de poser des questions et ton devoir de la détourner de ces questionnements, Gabriel! Nous avons accepté que tu traînes avec une humaine, mais tu es allé trop loin, tu as failli nous trahir, Gabriel. Tu as failli nous trahir.
    - Non! Jamais je ne lui aurais dit, Layla, jamais! Elle me jetterait comme un vieux chiffon usé, Layla, je ne peux pas lui dire! Je ne vous ai pas trahi, glapit-il, le ventre écrasé sur la neige molle, les oreilles par en arrière.
    - Je n’ai pas dit que tu avais trahi. J’ai dit que tu avais failli nous trahir! Maintenant, je t’ordonne de ne plus la revoir. Coupe les ponts, elle oubliera, les humains ont cette capacité d’effacer de leur mémoire ce qui les ont blessés. Ne la vois plus. Ne lui parle plus.
    - Mais, Layla, je l’aime, tenta-t-il avec un petit gémissement de tristesse.
    - Obéis, trancha-t-elle, glaciale, avant de reprendre sa forme animale et de s’enfuir par où elle était venue. »

    Gabriel resta couché encore quelques secondes, glapissant comme un chiot qui appelait sa mère, puis, la queue basse et le nez au ras du sol, il rentra chez lui au petit trot. Il sauta mollement jusqu’à sa fenêtre de chambre et s’y enferma pendant trois jours complet, se foutant bien de manquer l’école. Ce fut Beatrix qui tambourinait sur sa porte de chambre depuis bientôt une heure qui le convainquit d’ouvrir. Il voulut l’envoyer paître, mais son visage défait et ses larmes l’en empêchèrent. « Bhí an bheirt acu ina choinne. bhí tréigthe orthu i ravine. Tá sé amach. Tá brón orm, Gabriel. » Deux contre elle. Abandonnée dans un ravin. On venait de la découvrir. Beatrix le prit dans ses bras avant qu’il ne réalise ce qui se passait, mais quand il comprit, son sang se mit à bouillir et il repoussa Beatrix qui pleurait de plus belle. Ses yeux étaient secs, à lui, et il défonça la fenêtre de sa chambre, sans prendre le temps de se déshabiller, et muta en cours de saut.

    On ne le revit pas pendant un mois, il ne répondait pas aux appels de sa mère, ni de ses sœurs et Carl, le meilleur pisteur, n’avait pas réussi à retrouver sa trace. Tapi dans le creux d’un énorme chêne mort, Gabriel était enroulé dans sa forme humaine, ne ressentant pas la morsure mortelle du froid sur sa peau bouillante de rage. Quand il revint à la civilisation, il s’était fait pousser une barbe et avait décidé de parti seul à la recherche des deux vampires qui avaient tué Pandora. Il n’avait même pas eu le temps de la revoir, de s’excuser. Pourquoi s’en être pris à elle, pauvre humaine? Il devait forcément y avoir un lien à faire, mais il avait beau se creuser la tête, il n’y parvenait pas. Ce fut le matin de son départ pour l’Ouest, pour les montagnes du Colorado en fait, que sa mère lui apporta la nouvelle : « C’est Drowän qui les a envoyés, Gabriel, reste ici, ils ont fait exprès de la prendre elle, ils savent que tu es le plus impulsif. Je t’en prie, ne te jettes pas dans son piège. »

    Drowän est leur ennemi mortel, le seul qui, durant les années 1800, avait considérablement affaibli les effectifs du clan Jackson en créant trois armées de nouveaux-nés vampires qui allèrent détruire les villes forteresses où les Jackson régnaient en rois et maîtres. Nottament Boston, où Timothy Jackson avait élu domicile avec plus de six cents autres Jackson, mais aussi Babylon. À Babylon, ils étaient moins nombreux et se cachait sous le couvert de la forêt, mais avec les quelques deux cents têtes pour protéger les habitants de cette ville, lorsque l’armée attaqua et rasa les forêts des protecteurs des humains, Babylon commença à s’infester de vampire. Des clans se formèrent, puis des alliances, puis des trahisons. Les Jackson restant, meurtris, avaient décidé de se replier, de revenir vers Boston pour porter main forte aux Jackson déjà présents. La troisième ville, une petite communauté d’environ quatre cent humains, était protégée par une centaine de Jackson. Les autres étaient éparpillés par petit groupe de vingt dans le reste du monde. Drowän était, à l’origine, un lycanthrope, mais il était assoiffé de pouvoir et, ne pouvant devenir l’Alpha puisqu’il n’était pas le fils de celui actuel, il tenta tout de même de s’emparer du trône, mais n’y parvint pas et fut condamné à rester sous forme humaine. C’était le clan de Timothy Jackson qui avait rejeté Drowän et c’était cet ancêtre même qui avait combattu avec lui et l’avait vaincu, puis chassé. Drowän, comble de malchance, ne pouvant plus se transformer sous peine d’être tué, fut attaqué par des vampires assoiffés, mais il les convaincquit qu’en échange de se faire transformer, il pourrait leur livrer une ville remplie de petits humains délicieux sur un plateau. Attirés par cette offre qui ne se refusaient pas, les vampires ont transformé Drowän, mais celui-ci les a réduit en esclavage lorsqu’il eut sa nouvelle vie et se jura de détruire le clan Jackson. Puisque les plus forts étaient les lycanthrope de type deux, les gênes étant directement donnés à l’enfant par la mère et sans l’entremise du père, Drowän voulait s’attaquer aux bases du clan afin de l’affaiblir.

    Depuis un peu plus de cent ans, toutefois, Drowän c’était tenu tranquille, semblant satisfait des dommages qu’il avait fait aux Jackson, mais depuis environ vingt ans, le clan a considérablement grossis et les mélanges entre les deux types a donné naissance à des lycanthropes qui étaient beaucoup trop puissant à son goût, alors il se remit, tranquillement, à cibler des individus de type deux afin de les exterminer pour les empêcher de faire évoluer la race. Comme Gabriel était le seul homme de type deux, Drowän jeta son dévolu sur lui et voulut l’amener à le chasser. À dix-neuf ans, Gabriel avait les hormones humaines dans le tapis et il ne résista pas à la tentation de planter ses crocs dans la chair froide et dure de Drowän pour le faire payer. Malgré les réticences de sa mère, de ses sœurs et de son père, Gabriel était déterminé à faire payer Drowän.

    Commença alors pour le jeune homme un périple qui dura jusqu’en 1941, année où il mourut, vaincu par Drowän lui-même. Il l’avait finalement retrouvé, à l’âge de 36 ans. Malgré la blessure de son âme causée par la mort de Pandora, presque vingt ans auparavent, Gabriel ne résistait pas aux plaisirs de la chair et si, habituellement, il était très prudent, cette nuit du 16 décembre 1941, dans la chambre humide d’un petit motel, Gabriel fit l’amour à la plus ravissante femme blonde qu’il eut jamais dans son lit. Ce qu’elle ne lui dit pas, toutefois, c’était qu’elle était la fille du plus riche homme de San Francisco, en Californie, et qu’elle était déjà promise à un autre homme. Pourtant, elle n’avait su résister au charme épouvantable de Gabriel et ce dernier, certain d’être bien protégé, ne put voir le trou dans son préservatif, ni la semence s’en échapper. Et encore moins l’ovule être fécondé. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il avait eu du bon temps avec cette Ginger Van Cleaven.

    Quelques semaines plus tard, en janvier 1942, à vrai dire, il retrouva la trace de Drowän, qui fuyait vers sa ville natale, sûrement pour aller y faire des ravages ou pour semer la zizanie chez ses proches. Gabriel s’apprêtait à aller le suivre quand un coup de fil le déconcentra dans sa tâche. Il allait être père! C’était Ginger qui l’appellait pour lui annoncer la nouvelle. Elle voulait garder le bébé, elle avait tout dit à son fiancé et il voulait de cet enfant qui n’était pas le sien, malgré tout. Elle lui dit aussi qu’il devait venir signer les papiers qui diraient qu’il renonçait à la garde de l’enfant. Décontenancé par cette nouvelle, Gabriel réfléchit à toute allure, pensant à l’avenir de l’enfant et alla signer les papiers, à regrets certes, mais il les signa et serra vivement la main du futur père de sa fille, parce qu’il ne doutait pas que ça allait être une fille, il était de type deux, ça devait être une fille. Il espérait seulement que ces humains allaient être capable de contrôler leur enfant. Il ne pensa pas aux conséquences que cela pouvait apporter, mais en recevant la visite de Leyla, qui se faisait vieille et ne se déplaçait que rarement, il comprit l’ampleur de son geste.

    « Je viens d’abandonner mon enfant aux mains de pauvres humains, gémit-il en se prenant la tête. Layla, se tenant fièrement devant lui, hocha simplement la tête et répondit :
    - Oui, Gabriel. Tu viens d’abandonner ton enfant à cette humaine et à son fiancé humain, mais là n’est pas le plus gros problème.
    - Où est-il, alors?
    - Cet enfant n’aura pas de chef de meute, il sera incontrôlable, indomptable.
    - Je sais bien, murmura-t-il, au bord des larmes.
    - Par conséquent, dès sa première transformation, nous devrons l’éliminer, lâcha Layla sans une once de regret.
    - Non! Il n’en est pas question! Je, j’irai le chercher quand il se transformera! Je lui apprendrai! Ce sera mon premier-né, le seul qui pourra protéger sa ville, il rencontrera d’autres Jackson, c’est tout, Layla, je vous en supplie, ne faites pas ça, rétorqua Gabriel d’une voix plaintive, et cette fois, les larmes coulèrent pour de bon.
    - Nous n’avons pas le choix, Gabriel. Parce que ce sera ton enfant, nous ferons ça sans douleur, je te le promets.
    - Mais Layla, vous ne pouvez pas me faire ça! Je serai capable de le contrôler, je vous le jure, Layla, ne le tuez pas!
    - Suffit, gronda-t-elle, il n’y a aucune exceptions à la règle.
    - C’est faux! C’est faux, il y a des exceptions à cette règle, Layla, vous le savez! Vous vous souvenez, je me souviens aussi. Walter en était une. Et il est devenu bon et loyal envers Clarence, vous le savez. C’est possible.
    - [color=red]Tais-toi[color], ordonna-t-elle en lui lançant un regard meurtrier. Walter vivait près d’une grosse communauté de Jackson, ils ont réussis à l’avoir à temps et Clarence était mou, il n’était pas un vrai chef, il a été anéanti par Drowän le jour où il a envahit New York. Tu te souviens de cela aussi.
    - Je l’aurai à temps aussi, je vous le jure, Layla, implora Gabriel en se jetant aux pieds de sa chef.
    - Tu auras quatre jours pour le retrouver après sa première transformation. Au-delà de ce délai, il périra par le sang.
    - Oui, Layla, je ne vous décevrai pas, j’en ferai mon plus puissant allié, je le jure. »

    Walter avait été le fruit de l’union entre le grand-père de Layla, Diego, qui avait un jeune fils ; Thierry, et une humaine de New York. Toutefois, Diego fut tué lors d’un voyage pour aller prêter mains fortes à des Jackson aux prises avec des nouveaux-nés qui faisaient de gros ravages en Irlande. L’humaine avait dû élever seule Walter, avec son nouveau mari. Heureusement, Clarence réussissait toujours à repousser les vampires environnants avant que Walter ne ressente le besoin de muter. Ils réussirent à le préserver de sa nature jusqu’à ses vingt ans, quand Drowän lança une première attaque, minime, juste pour tester les défenses de Babylon. Walter se transforma et, complètement ignorant de sa nature, fut repêché juste à temps par les Jackson pour devenir le bras droit de Clarence, qui était le frère de Diego. Puis, Drowän avait attaqué sur deux fronts différents et la meute de Clarence avait été tellement affaiblie qu’ils avaient dû demander du renfort au clan de Boston, mais ceux-ci étaient aux prises aussi avec plus de quatre cent nouveaux-nés assoiffés de sang. Gabriel se souvenait très bien de Walter, même si c’était deux générations avant lui, parce qu’ils avaient cette capacité là, eux autres les aînés de famille, à se souvenir jusqu’à sept générations précédentes. Ainsi, ils perpétraient la mémoire des leurs. Le seul à avoir pu se rappeler plus de sept générations, c’était l’Ancêtre actuel, le grand-père de Gabriel, Oliver Jackson. Il se souvenait de douze générations avant lui et adorait raconter des histoires à ses petits-enfants, enfin, avant qu’il ne devienne trop vieux. Quand les Jackson devenaient trop vieux pour continuer de se transformer sans risquer d’être affaiblis, ils redevenaient loups. Retournaient à l’état sauvage, et s’ils se souvenaient de leur vie humaine, ils ne ressentaient plus aucun désir de la vivre. Même ceux qui avaient juré ne jamais devenir un vieux loup sauvage, ils terminent tous leur vie dans leur vraie nature : en loup.

    Layla s’en alla en laissant Gabriel soulagé, mais avec un nouveau poids sur les épaules. Il devait faire un choix. Poursuivre Drowän ou rester ici et attendre que son enfant naisse pour le surveiller? La réponse vint toute seule lorsqu’il sentit un brusque changement de direction de la part de Drowän. L’odeur du vampire se rapprochait dangereusement de San Francisco, où vivait son futur enfant dans le ventre de sa mère. Craignant le pire ― que l’enfant permute dans le ventre de sa mère, alerté par l’instinct beaucoup plus fort que le développement de son corps ― il alla aux devants de Drowän. Une violente bagarre fit rage entre les deux ennemis, mais malheureusement, quelques fois, la vie ne se termine pas en conte de fée. Le renfort n’arrive pas juste au moment où le héros en avait besoin. Un renversement de situation ne vient pas faire remporter la victoire au héros. Dans la vraie vie, ce sont les vices qui gagnent et Drowän incarne le vice. Il a triché pour vaincre Gabriel, et il a réussi. Il s’est en venu seul, comme s’il projetait d’attaquer le petit couple nouvellement marié, mais bifurqua brusquement, comme s’il prenait peur de Gabriel qui se lançait à ses trousses. Gabriel le retrouva. Aveuglé par la rage et la souffrance qui était encore vive dans son corps de la mort cruelle de Pandora, Gabriel se jeta dans la gueule du loup ― quelle ironie! ― et tomba tête première dans le piège mortel de Drowän. Il lui avait tendu une embuscade.

    Drowän l’attendait avec une centaine de vampire-soldats entraînés depuis le début pour détruire l’exception au deuxième type. Lui. Lui qui avait le pouvoir insoupçonné de donner naissance à un puissant hybride. Aussitôt arrivés, Gabriel était mort. Les vampires se jetèrent sur lui et s’il réussit à tenir quelques heures, il était très faible quand, finalement venu à bout de la centaine de soldats, Drowän lui porta le coup final. Armé d’un fusil de chasse, il troua la gueule de Gabriel avec de la chevrotine. Il lui arracha les yeux et, pris d’une folie sadique, il tortura ainsi sa victime jusqu’à ce que Gabriel meure au bout de son sang, n’arrivant pas à cicatriser assez vite pour se remettre d’une blessure mortelle que déjà, Drowän lui en infligeait une autre. Mort dans d’Atroces souffrances, sa mère, même si elle était à l’autre bout du pays, ressentit cette violente douleur au ventre lorsque la vie s’éteignit dans le corps de Gabriel. Il reprit sa forme humaine, et Drowän but le peu de sang qui restait dans son corps, lui ôtant son dernier soupir de la façon la plus cruelle qui soit. Sa mère hurla de détresse, mais on la retint d’aller pourchasser celui que même son aîné, le fils d’une hybride, le seul fils aîné de la descendance de Saphira Jackson, n’avait réussi. Layla, bien que très triste d’avoir perdu cet homme qu’elle estimait particulièrement, ne pouvait pas prendre le risque de laisser à lui-même l’enfant de Gabriel, alors elle voulut construire une troupe qui irait se charger de lui, mais la mère de Gabriel l’en empêcha, assurant à Layla qu’elle allait s’en occuper, qu’elle le recueillerait.

    *****

II. Secret words










III. Open your mind
    Quelle est votre vision d'avril 1973 ?
      votre réponse ici

    Quelle est votre vision de la situation actuelle ?
      votre réponse ici

IV. What are you hiding?
    Pseudonyme/Prénom ; Sixty
    Âge ; 19
    Fille ou Garçon ; Fille
    Célébrité ; Milo Ventimiglia
    Code du Règlement ;
    Comment avez-vous découvert le forum ? Je le suis depuis assez longtemps, mais je ne me rapelle pas où je l'ai croisé en premier ^^


Dernière édition par Marian J. C. Candleberry le Ven 14 Mai - 3:55, édité 12 fois
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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Dim 9 Mai - 15:31


    « I’ll leave my window open,
    ‘Cause I’m too tired at night to call your name.
    Just know I’m right here hopin’,
    That you’ll come in with the rain.
    »

    Je me souviens de tout cela. Je peux me rappeler la souffrance de mon père quand il est mort. Bien sûr, j’ignorais l’existence de tels souvenirs avant ma rencontre avec Layla, celle qui devait être ma chef de meute. C’est elle qui m’a tout appris. Elle qui m’a montré comment tuer un vampire. Elle qui m’a appris à me souvenir des plus infimes détails de la septième génération avant moi. J’ai pu m’imprégner de ma véritable nature.

    Tout a commencé quand je suis né, deux mois en avance. Ma mère était très inquiète, mais je m’en suis tiré comme un chef et elle m’a bercée longuement le soir suivant, quand je fus totalement hors de danger, et mon père me contemplait avec un regard très tendre. Nous étions en 1942, la guerre allait certainement finir bientôt, mais pour moi, petit bout d’homme encore plissé de ma sortie récente du ventre de ma mère, je ne m’en faisais pas avec cela. Mon père travaillait jour et nuit pour subvenir à nos besoins, la noblesse américaine ayant perdu beaucoup de ses richesses, affaiblis par la guerre. Personnellement, je ne me sens pas vraiment rattaché ni au Roi d’Angleterre, ni au Président des États-Unis. Je suis peut-être un outsider, un étranger dans ma propre famille, mais je l’ignorais quand j’avais trois ans. J’étais un petit garçon bien normal, qui envoyait la main à son père le matin et espérait rester éveillé assez longtemps pour sentir sa barbe rugueuses me chatouiller le front quand il allait venir m’embrasser en rentrant, tard le soir. Les années passées presque sans mon père ont été difficile, mais dès que nous avons recommencé à rouler sur l’or, ça a été encore plus terrible. Depuis ma tendre enfance, j’étais un enfant assez turbulent, plein d’énergie et très caractériel. Impulsif et souvent réprimandé parce que je mordais, griffais et grondait sur tout ce qui voulait me calmer, j’ai connu la cuiller de bois, la règle de bois, celle de métal, j’ai aussi connu la ceinture. Mais rien n’y faisait, j’étais un petit sauvageon quand je voulais. Ma mère ne savait plus quoi faire, mais elle bénissait les répits que je lui offrais quand je me mettais à lire. J’étais passionné de littérature, je dévorais littéralement tous les livres qui me tombaient sous la main. Encyclopédies, romans, livres d’histoires, dictionnaires. Tout. Dans ces moments, j’étais très concentré et peu de choses pouvaient me faire sortir de ma torpeur quasi religieuse quand je lisais.

    J’entrai à l’école avec pour parent ma mère, qui commençait à désespéré de retrouver mon père un jour À l’école, j’étais assez populaire malgré ma notoire agressivité, que je contrôlais de plus en plus pour la réinvestir dans des sports de contacts. J’étais un enfant robuste, à la peau naturellement plus bronzée et chaude. Je n’avais jamais froid, jamais chaud, mais j’étais toujours brûlant de fièvre quand je m’énervais. Je devins rapidement le plus populaire de l’école, et j’étais très mature et responsable pour mon âge. Quand j’eus atteint neuf ans et quelques mois, ma mère reçut enfin une lettre qui n’était pas une facture. Mon père était promu au rang de directeur-général des ressources humaines dans la plus grosse agence de mannequins de Boston.. Bien vite, il se fit à la vie mondaine et commença à boire et à être trop fier, il devint un véritable tyran et les temps doux et remplis d’amour furent révolu. Commença l’ère glaciale et brutale de mon entrée dans le véritable monde. Impitoyable, mon père me battait souvent, mais j’avais acquis un certain savoir-faire qui me permettait d’échapper aux coups qu’il voulait me porter et j’appris très vite à éviter les objets qu’il me lançait. À l’école, j’étais toujours aussi populaire, mais puisque mon moral était au plus bas, mes notes en pâtissaient et de premier de classe, je tombai septième, ce qui ne plut pas du tout à mon institutrice qui téléphona à mes parents. J’eus droit à une feuille de route depuis ce temps, pour pouvoir voir les progrès que je faisais. Mais l’agressivité de mon père déteignait sur moi et malgré mes activités physiques intenses pour évacuer cette frustration que je ressentais pour une raison que j’ignorais alors, je commençai à avoir ce que mes parents nommèrent des «crises démoniaques». Gouvernée par mon tyran de père, ma mère était devenue une femme soumise, hagarde, qui ne ressemblait en rien à la pimpante jeune femme que j’avais connu durant mes six sans mon père. Rendu un fervent prêcheur de la femme soumise et l’homme-roi, mon père était certain que j’étais possédé par le Malin et qu’il devait me faire exorciser.

    Trois fois, le prêtre vint, il m’attacha aux montants de mon lit, nu comme un ver et se mettait à m’asperger de cendres encore rougeoyantes pour purifier mon corps, puis il pulvérisait de l’eau bénite dans les brûlures ouvertes et je savais que l’eau qu’il utilisait n’était pas celle qu’il y avait dans les bénitiers, mais un mélange de vinaigre et d’ammoniaque, pour sois-disant faire sortir le Diable de mon corps. Je souffrais le martyr de un d’être attaché, les jambes écartées et les bras étirés, mais aussi des morsures que les cendres reproduisaient sur ma peau encore fragile. Pendant ces exorcismes, je me tortillais et je hurlais de douleur. Parfois, je pouvais entrevoir ma mère qui se cachait le visage derrière ses mains, autrefois si douces et chaudes, mais maintenant rendues sèches et craquelées à force de faire des tâches ménagères. Je pouvais lire la terreur sur son visage, mais aussi l’espoir que cela allait me guérir, lui rendre son petit garçon bien sage et gentil. Mais après chaque exorcisme, si je me tenais tranquille quelques jours, des crises d’Agressivité me reprenaient immanquablement et la troisième fois, le prêtre dit à mes parents qu’ils pourraient m’envoyer dans un Institut, à Washington, où ils traitaient les enfants comme moi. J’aurais voulu savoir ce que ça voulait dire, comme moi, à ce moment là, mais je crains que le prêtre n’eut eu une version différente de ce que je sais maintenant être comme moi.

    Ma mère, réticente à l’idée de rester seule avec son mari terrifiant, tenta de parlementer avec lui et elle réussis à semer le doute dans son esprit, mais finalement, au bout de quelques mois, quelques semaines seulement après que j’eus fêté mon onzième anniversaire, mon père appela le prêtre et lui demanda si l’offre tenait toujours. Le prêtre lui répondit que oui, mais puisque les places à l’Institut était très limitées, ils devraient m’envoyer dans un pensionnat militaire pour garçon pendant un an, afin que j’apprenne au moins la discipline. C’est ainsi que je partis, le 17 juillet 1953, accompagné du Père Joshua Gabin, en direction de The Gentleman’s Military School, Washington DC, Washington, États-Unis d’Amérique. Nous devions prendre le train pour nous rendre parce qu’en plus d’être un tyran, mon père était avare depuis son retour du champ de bataille et il voulait débourser le moins possible pour ce fils ingrat qui l’obligeait à l’envoyer à l’autre bout du pays pour se faire redresser. Patrick Candleberry avait décidément changé, et de façon irréversible.

    Pourtant, je ne me rendis jamais au pensionnat. Le train filait à vive allure et nous étions dans le même wagon qu’un homme dans la trentaine, l’air hagard et menaçant, qui me regardait avec un certain mépris. Mes crises d’agressivité commencèrent dès l’instant où je m’assied dans ce wagon avec cet homme bizarre et j’avais beaucoup de peine à contrôler le tremblement de mes mains. Je sentais une vive douleur s’éveiller en moi, mais je ne pouvais dire si elle était d’origine crânienne, musculaire, nerveuse, si c’était une simple crampe ou encore mon imagination. Je ne comprenais pas non plus pourquoi, mais chaque fois que je levais les yeux sur lui, une forte odeur me faisait froncer le nez, mais après avoir reçu plusieurs claques derrière la tête de la part du prêtre pour l’avoir fait, je contrôlai mon dégoût et me concentrai à regarder le paysage. L’homme avait une peau tellement blanche, tellement incolore que l’on aurait cru qu’elle était translucide. À un moment donné, il se leva et, en passant près de moi, ce fut son tour de froncer le nez en me lançant un regard méprisant et dédaigneux, même si j’ignorais pourquoi. Il sortit du wagon et je me mis à trembler de plus en plus. Soudain, je me pliai en deux, le ventre rompu par une douleur tellement intense. Je me soustrayais aux questions pesantes du prêtre sur mon état de santé en titubant maladroitement jusqu’au bout du wagon. À mesure que j’avançais, les tremblements s’espaçaient et quand j’atteignis les toilettes du wagon, je me sentais mieux, mais j’avais encore un espèce de tiraillement dans le corps, comme une vilaine douleur persistante qui, pas singulièrement souffrante, était fâcheusement irritante et m’empêchait de bien fonctionner. Je décidai alors d’ignorer l’ordre du prêtre de revenir immédiatement après au compartiment et de me rendre dehors. Les wagons étaient rattachés par un système de crochet et de chaîne, mais par-dessus, il y avait une étroite passerelle de bois surmontée de deux rampes chevrotantes. Je pris appui sur les rampes et me risquai sur la passerelle. Elle tint bon et je traversai le wagon de la classe économique, comme la mienne, en faisant attention de ne pas déranger les passagers, puis atteignit la queue du train. Derrière le dernier wagon, il y avait un petit balcon bancal mais solide et je m’appuyai sur la rampe de métal froide, mais presque aussitôt, je ressentis une violente douleur me prendre dans l;e dos. Je luttai de toute mes forces pour rester debout, mais plus je me rebellais, plus j’avais mal. Je lâchai un gémissement avant de tomber à genoux et d’empoigner fermement un barreau de la rampe. Sous l’effet de la douleur, je ne me rendis pas compte que mes doigts s’enfonçaient dans le métal, imprégnant ma paume sur l’acier très dur. Quand je réussis à reprendre une peu le contrôle de moi-même, je vis au loin une bande d’une dizaine de personnes, hommes et femmes, habillés en chiffons, qui semblaient galoper derrière le train. Ils allaient très vite, ils allaient bientôt rattraper le train! C,était impossible, pensai-je à cet instant précis où la douleur reprit, encore plus puissante, si elle le pouvait, m’obligeant à me cambrer vers l’arrière pour tenter de la déplacer. Je rejetai la tête vers le ciel et, sans plus me soucier des passagers du train, je hurlai à m’en déchirer les cordes vocales. La douleur se concrétisa et je me dit, avec le peu de lucidité qui me restait, que mieux valait essayer de la canaliser, de la répandre ailleurs pour qu’elle soit plus soutenable, alors je me concentrai à l’envoyer dans mes membres inférieurs, puis dans le haut de mon dos.

    Soudain, j’entendis un horrible craquement et tombai à genoux, hurlant de plus belle. J’agrippai de nouveau la rampe et cette fois, je mis tellement de pression qu’elle céda sous un poids qui n’était pas le mien. De nouveaux craquements se firent entendre et je me relevai, arrachant le barreau que je tenais, je sentais que mon crâne allait exploser, je pouvais sentir des odeurs qui, jusqu’alors, m’étaient totalement inaccessible, j’entendais mes hurlements de façon encore plus stridente et irritantes. Et la douleur, cette souffrance pénible qui se jouait de moi, se dérobait à mon contrôle et dont j’ignorais la provenance, elle me torturait, m’empêchait de trouver une solution logique. Je titubai une fois de trop vers l’Arrière et était certain de tomber, mais, d’un puissant coup de jambe qui ne devait pas venir de moi, je me propulsai du chaînon qui reliait les deux wagons, brisant les liens du même coup sans le vouloir, et me retrouvai à rouler dans la terre, m’écorchant les coudes et tentant tant bien que mal de protéger mon visage. Dans un concert de grognements, de hurlements et de sons gutturaux, je mutais pour la première fois dans d’atroces souffrances. Ma colonne vertébrale se tordait, rétrécissait, mes os explosaient littéralement dans mon corps. Bientôt, je sentis mes jambes s’Arquer, mon fémur rétrécir, me causant une nouvelle douleur qui, dans un ultime hurlement humain, se mua en une fébrile excitation et lorsque j’ouvris les yeux, que la dernière trace de souffrance s’estompa, je hurlais encore, mais cette fois, comme un loup. J’entendis ma propre respiration, haletante, et je regardai mon nez. Il était long, poilu, et d’un noir-brun hirsute. J’étais un chien! Que faisais-je en chien? Je n’en avais pas la moindre idée, mais ce que je savais, c’était que je me sentais divinement mieux, comme si mon agressivité, toute cette frustration, enfin j’en étais libéré. Avant même que je prenne conscience de ce qui m’arrivait, mes énormes pattes qui oscillaient entre le noir-gris du chiot et la blancheur totale s’élancèrent d’elles-même et je me sentis voler. Je ne savais pas où mon corps me menait, mais je décidai de l’écouter. Aussitôt que j’abandonnai mon esprit humain pour entrer dans mon âme animale, des images me revinrent par bloc et m’Assaillirent en même temps que je sentais de nouvelles douleur, plus douceâtre, presque enivrantes, s’emparer de moi. Soudain, je vis sur quoi je me dirigeais et un long grondement sourd et viscéral monta de mes entrailles, la terre sembla presque trembler et les individus qui couraient à vive allure se stoppèrent un instant, voyant venir un énorme loup qui n’avait pas complètement pemuté du chiot au vrai loup, mais dont les muscles continuaient d’exploser sous leurs yeux, pour devenir de plus en plus durs, secs et serrés, bandés, gorgés d’adrénaline. Mes pattes accélérèrent de plus en plus et, instinctivement, je sus ce qu’ils étaient.

    Des vampires.

    Ma véritable nature me revint en mémoire au moment même où je baissai la tête et présentai mon énorme épaule poilue, solide, et percutai un premier suceur de sang. Aussitôt la première offensive lancée, je me retournai sur mes quatre pattes et sautai pour attraper dans mon énorme gueule aux dents acérées et blanches comme celles que j’avais humain, une tête de vampire. Je tentai de broyer les os, mais à treize contre un jeune certes surpuissant mais inexpérimenté, je ne fis pas long feu malgré moi. J’en blessai plusieurs, arracha même un bras à un et croqua l’oreille d’un autre, mais eux, eux me mordirent, m’arrachèrent des pans entiers de peau, me griffèrent et m’infligèrent mes premières cicatrices. Les longues heures ensuite que je passai, étendu sur le flanc dans le champ à côté, oscillant entre l’homme et le l’animal, mon corps lentement se rétablissait. Finalement, après la deuxième nuit, mes blessures étaient presque toutes guéries, ne restaient que les plus profondes, notamment cette lacération sur mon ventre, là où la peau était le plus fragile, là où ma vie bouillait littéralement. Je passai le troisième jour à essayer de calmer la douleur dans mon ventre. Je pouvais sentir la morsure du soleil sur ma chair lacérée. J’étais redevenu humain et la douleur était intenable, bien que moins forte que celle de ma première mutation, j’étais totalement perdu, j’ignorais de un où j’étais, de deux comment se faisait-il que j’avais des images, des souvenirs qui ne m’appartenaient pas et que, quelques fois, j’entrevoyais d’autres loups tout aussi imposants que moi.

    Le troisième jour, vers la fin de l’après midi, j’étais guéri, définitivement, même plus une cicatrice. Je me risquai à me lever, mais me rendit bien vite compte que trois jours sans boire, sans manger, à rester nu dans un champ humide et grouillant de bestioles ne m’avaient pas fait du bien et retombai piteusement. Les larmes montèrent toutes seules à mes yeux et je sentis la brûlure de la sécheresse oculaire quand elles coulèrent sans pitié sur mes joues encore sales de sang. Je me traînai jusqu’à un petit point d’eau, à quelques mètres de là et but abondamment, puis je roulai jusqu’au fond boueux et rinçai mon jeune corps fatigué et encore peu endurant. J’ignore combien de jours exactement je restai à reprendre des forces, mais je fis un bout de chemin, toujours aussi perdu, jusqu’à ce que je rencontre un autre être humain. Peut-être dans la vingtaine, l’homme était habillé d’un simple short de jean délavé, sûrement un ancien pantalon auquel on avait coupé les jambes. Il était doté d’une musculature impressionnante, des épaules larges, très épaisses, qui rejoignaient un coup énorme, trapu, pour soutenir une tête aux traits carrés mais allongés et qui faisait un peu penser à un bulldog, il avait les paupières tombantes et d’épais sourcils d’un noir de jais impressionnant. Ses cheveux, qu’il avait visiblement coupé lui-même puisqu’ils étaient répartis en petites touffes inégales mais assez charmantes et étaient du même noir profond et brillant que ses sourcils. Quant à ses yeux, je me rappellerai toujours de leur éclat triomphal, presque honoré, quand il me vit. Il avait un air très sérieux, presque méchant et mon premier réflexe fut de reculer, en le détaillant comme je viens de le faire. Cependant, il continua d’avancer vers moi et me demanda d’une voix grave, rauque : « Marian? » Je ne pouvais pas parler, j’étais tétanisé de peur. Je ne le connaissais pas, mais lui, il me connaissait, il savait qui j’étais. Soudain, d’autres hommes apparurent autour de lui et un petit cercle se forma autour de moi. Ils étaient tous très musclés, épais et bronzés, un peu comme moi et ils murmuraient tous mon nom avec ce regard luisant de bonheur. Je me mis à trembler et leur criai de reculer, que je ne voulais pas qu’ils m’approchent, que j’étais dangereux. Au lieu de cela, ils resserèrent leur cercle et celui qui portait le short de jeans s’avança d’un nouveau pas.

    Soudain, la douleur se réveilla dans mon corps et, cette fois, je la laissai venir, l’implorant de me transformer encore une fois en un énorme loup qui, après la bataille, était devenu d’un blanc lunaire, presque fantomatique, et j’avais les yeux vairons. Un œil d’un bleu tellement clair qu’on pourrait le prendre pour blanc, aveugle, et l’autre d’un magnifique vert-brun doré. Je fermai vivement les yeux et pouvait maintenant sentir que le cercle tissé serré autour de moi attendait avec impatience quelque chose. L’homme avec le short de jeans s’approcha encore et je tentai de retenir ma transformation, mais il continua d’avancer. Je commençai à lui crier de reculer, de me laisser tranquille, mais ne put terminer. J’étais aux limites du cercle et quelqu’un me toucha l’épaule, voulut me tirer vers l’arrière. Je me retournai vivement et n’eut pas le temps de finir ce que je voulais dire, mes mots se transformèrent en un puissant grognements qui les tétanisa de stupeur, puis j’explosai, comme la première fois. La douleur fut immense, mais déjà moins grande que la dernière fois. Je ne sus pas tout de suite ce qui se passait, mais je savais que je les avais impressionnés. Aussitôt transformé en loup, je m’élançai sur l’homme en short en le fixant de mes prunelles allumées de rage. Il me fixa aussi avec beaucoup d’intensité, mais juste au moment où j’allais le percuter, il fit un pas de côté et soudain, j’entendis un profond déchirement. Je dérapai et voulu à tout prix éviter de percuter les autres autour du cercle. J’étais un énorme loup d’un blanc duveteux, majestueux. Quand je me retournai, campé sur mes pattes et prêt à l’attaque, je me retrouvai face à un loup musclé et d’un noir de jais. Je n’en crus pas mes yeux et aussitôt, toute ma rage tomba et ma transformation vacilla. Le loup noir en profita pour charger, mais voyant qu’il voulait utiliser son effet de surprise contre moi, je retrouvai l’instinct que j’avais eu lors de ma bataille avec des vampires et aussitôt que je me mis sur le mode instinctif, je permutai complètement en loup. Les oreilles rabattues vers l’arrière, je retroussai mes babines d’un noir pur et attendit avec appréhension que l’autre me percute. Au moment de l’impact, n’écoutant que mes muscles, je rentrai la tête dans les épaules, baissai le nez et reçut le coup sur le côté de la poitrine, profitant de ce qu’il chargeait pour lui mordre férocement une patte. Lorsqu’il retomba sur ses pattes, je pus voir la douleur dans son regard et il tituba un instant, juste assez longtemps pour me permettre d’attaquer encore une fois. Mes dents se refermèrent sur sa gorge et, pris dans mon élan, je basculais avec lui et nous roulâmes jusqu’aux pieds du cercle qui se déformait à mesure que nous nous battions.

    Soudain, j’entendis un profond grognement et vis, fendant le cercle d’homme et leur arrivant tous à l’épaule sinon plus haut, une magnifique louve d’un gris fauve époustouflant. Elle s’avança la démarche gracieuse et dès qu’il la vit, le loup, pourtant bien plus imposant qu’elle, s’inclina devant elle et se plaça à sa gauche. Soudain, sans que je m’en sois rendu compte, le cercle d’homme autour de nous devint des loups, tous différents les uns des autres mais pareils en même temps. J’étais de plus en plus perdu, mais je ne pouvais pas détacher mon regard de ces prunelles d’un brun noisette magnifique, tellement humaines pour une louve! Puis, elle me parla et, étrangement, je compris ce qu’elle me dit, même si en fait, elle n’avait même pas utilisés des mots, seulement des jappements brefs : « Marian. Enfin, te voilà, nous te cherchons depuis si longtemps, mais nous ne cessions de perdre ta trace. Même Carl, le meilleur pisteur du clan de Boston n’arrivait pas à te suivre. Je suis heureuse d’enfin te trouver, et à temps en plus.
    - Qui êtes vous, qu’est-ce que vous me voulez?
    - Je m’apelle Layla. »

    Juste la mention de ce nom, soudain, éveilla en moi une tonne de souvenir que je n’avais pas, des souvenirs d’années que je n’avais jamais vécues, mais surtout, une vive et profonde douleur se réveilla dans mes entrailles et je reculai en secouan nerveusement la tête, ignorant les paroles douces de Layla. Je percutai un loup et, la queue entre les jambes, je me retournai pour leur faire face et montrai les dents. Ils jettèrent un coup d’œil sur Layla derrière, puis serrèrent les rangs en pressant leur épaule l’un contre l’autre. Je grondai de plus belle et chargeai furieusement le binôme qui m’empêchait de passer. Derrière moi, j’entendais le loup noir haleter d’appréhension et je pouvias entendre Layla me dire de rester calme, de ne pas paniquer. Mais les souvenirs continuaient d’affluer dans mon esprit et je hurlai de désespoir, puis, dans un ultime effort, fonçai encore une fois dans le duo et réussi à percer une brèche par laquelle j’engouffrai mon énorme corps souple et musculeux. Je réussis à m’extirper avec difficulté de la masse de poil, de pattes, de têtes, de nez et de queue qui semblait se resserrer autour de moi, et m’élançai à vive. Aussitôt, j’entendis Layla japper vivement et les autres loups se lancer à mes trousses. Ils étaient environ trente et moi, je détalais comme un lapin, allongeant mes foulées jusqu’à courir ventre à terre dans le champ. Les autres jappaient avec excitation derrière moi et, la queue entre les jambes, je zigzaguais pour tenter de les semer, mais j’arrivai au bout du champ, devant une grosse clôture qui, après avoir essayé de passé dessous, se révéla être électrique. Je paniquai, me retournai et entendit les jappements s’amplifier. Au moins, j’avais quelques centaines de mètres devant eux et donc, je me reculai d’une vingtaine, calculai minutieusement mon coup et, prenant mon élan, je sautai par-dessus la barrière.

    Toujours pris avec cette peur qui me collait à la peau, je n’avais aucune chance de reprendre forme humaine. Je parcourus le pâturage où paissaient des vaches qui s’affolèrent de voir mon gigantesque corps blanc traverser leur pré. Puis, je franchis l’autre barrière et me retournai seulement quand je fus à couvert, dans la forêt. Je plissai les paupières et pu distinguer, mais surtout entendre, la meute qui jappaient et glapissaient de l’autre côté du pré. Je souris en retroussant les babines et m’en allai, essoufflé mais encore plein d’énergie. Les images avaient cessé et je n’entendais plus les autres japper en m’enfonçant dans la forêt. Je me tapis sous un grand chêne comme l’avais fait mon père, il y a maintenant plus de trente ans, quand il avait perdu sa bien-aimée. J’avais vraiment besoin de sommeil parce que lorsque je me réveillais, deux hommes randonneurs me regardaient curieusement. Je sursautai vivement et mon premier réflexe fut de gronder, mais je me calmai en me rendant compte qu’ils n’étaient ni excessivement musclés, ni menaçants. Ils avaient une expression de sincère inquiétude lorsqu’ils me demandèrent si j’allais bien. J’avais une voix rauque, très grave, un peu comme celle de l’homme en short de jeans. Je me raclai la gorge et répétai que non, que j’étais perdu. Ils me donnèrent des vêtements trop petits pour moi en me demandant avec une franche camaraderie si c’était parce que ma belle s’était fait la malle juste avant de faire joujou avec tous mes vêtements. Je ne compris qu’en parti, et leur avouai que je n’avais que onze ans. Ils arrêtèrent de rire et me demandèrent si j’étais sérieux. Je répondit oui, que je m’appelais Marian Candleberry et que j’habitais Boston.

    « Comment tu t’es rendu à la campagne de Washington alors, bonhomme?
    - Je l’ignore monsieur. Je l’ignore vraiment. Auriez-vous la gentillesse de me conduire en ville où je pourrai téléphoner à ma mère pour qu’elle m’envoie un peu d’argent et des vêtements à ma taille, s’il vous plait?
    - Oui, oui, allez viens petit gars. T’as vraiment l’air plus vieux que ce que tu parais. Regarde-moi ces muscles! Et cette taille! Tu dois être bien nourri!
    - Non, pas tant que ça, je ne mesure qu’un mètre quarante-quatre, monsieur. Et je suis plutôt rondelet.
    - Oh bah non! Tu fais pas juste un mètre quarante-quatre, mon petit bonhomme! Tu dois atteindre au moins le mètre soixante-dix! Tu vois, Jerry, là, il mesure un mètre soixante-seize et tu lui arrives au bout du nez. Ça faisait longtemps que tu t’étais pas mesuré, toi! »

    Je ne comprenais pas ce qu’il me disait! Je m’étais mesuré juste avant de partir, il y a de cela quoi, une semaine, deux? Je ne pourrais dire. J’aurais grandi de trente centimètres en l’espace d’une vingtaine de jours? C’était impossible! À moins que… Non, que je me réprimandai, ça ne pouvait pas être ces transformations qui m’avaient fait grandir. Je baissais sur mon corps épais, trapu mais définitivement musclé des yeux stupéfaits. Ils avaient raison! Mais que m’était-il arrivé, bon sang? Je suivis ces deux messieurs jusqu’au village, où j’appelai ma mère. Au bout du fil, sa voix devint hystérique : « Où étais-tu bon sang de bonsoir, Marian, te rends-tu compte? Le prêtre est revenu à Boston et nous a dit que tu t’étais enfui! Enfui! Qu’est-ce qui t’as passé par la tête, nom de Dieu, Marian Jonathan Caleb Candleburry?!
    - Maman, maman, chut, arrête, tu me fais mal aux oreilles, arrête de crier, je vais bien! Je suis euh…je suis euh, je me tournai vers l’homme qui m’avait accompagné et lui demandai silencieusement où nous étions, je suis euh à Washington, dans la petite campagne. Hum, Maman, est-ce que tu pourrais m’envoyer un peu d’argent et des vêtements à ma taille s’il te plait, je veux rentrer à la maison.
    - Marian! Ça fait trois semaines qu’on a pas eu de nouvelles et c’est juste maintenant que tu appelles! Et pour demander de l’argent et du linge en plus alors que pendant tout ce temps-là, tu étais à la campagne en train de te la couler douce! Oublie ton argent, Marian, arrange-toi pour être revenu avant le thé de ce soir sinon tu ne rentres plus dans cette maison!
    - Mais, maman! Je n’ai rien, je me suis fait dépouillé, on m’a, on m’a attaqué, mentis-je effrontément, je n’ai plus rien! Et je viens juste d’arriver, deux hommes m’ont retrouvés dans la forêt, je, j’étais perdu. Je t’en supplie, maman…
    - Marian, j’entendis sa voix qui s’était attendrie puis, je pus presque percevoir le visage de mon père tandis qu’il se raclait la gorge. Ainsi, il écoutait notre conversation. Je sentis la colère bouillir en moi et dû faire un effort immense pour condenser la douleur qui commençait à me tenailler les entrailles quand ma mère reprit d’une voix ferme : non, Marian. Tu reviens avant l’heure du thé où tu n’es pas mieux que mort pour moi. Au revoir. »

    Juste avant qu’elle raccroche, j’ai pu entendre son bref et bas « je t’aime » et la tristesse, l’imploration dans sa voix, dans ces simples mots prononcés alors que mon père se tenait à côté et les avait très certainement entendus. Ma mère était une femme courageuse. Je me retournai, piteux, vers l’homme derrière moi et allai m’asseoir à une table pour me prendre la tête entre les mains. Les sanglots me secouèrent de spasmes et je sentis la main d’un des deux randonneurs me presser l’épaule, puis il me dit : « Si tu veux, le maire de la ville, il a un avion et un pilote. Il a épousé ma sœur, alors je peux toujours aller lui demander de l’emprunter et tu retournes chez toi avant l’heure du thé, bonhomme. » Je me suis lentement déroulé, pour me redresser totalement et j’ai regardé l’homme qui se tenait, mal à l’aise, en biais de moi. Je me levai, posai à mon tour une main sur son épaule, le remerciai, puis demandai si je pouvais juste avoir un sac avec quelques vêtements plus grands. L’homme accepta et je me changeai, mais tint à garder le sac. Il n’insista pas et je lui dis que j’allais faire du stop sur la route, que je ne voulais pas qu’il dérange son beau-frère pour un inconnu. Il me dit que ce n’était pas une bonne chose pour un jeune homme comme moi, mais je lui rétorquai que je n’en paraissais pas moins de seize, alors j’allais me débrouiller. Je le remerciai chaleureusement, engouffrai un demi-jambon complet que je fis passer avec du pain et un énorme pichet d’eau. Puis, je m’en allai tenant mon bagage sur mon dos.

    Aussitôt que je fus sous le couvert des arbres, je retirai mes vêtements, les fourrai dans le sac de toile et me concentrai pour me transformer, mais rien ne vint. Alors, je décidai de penser à quelque chose qui déclencherait ma colère. Tout de suite, des images de violence, de chaos indescriptible s’immiscèrent dans mes pensées et je ne pus les retenir, je ne le voulais pas, je pouvais sentir presque immédiatement après leur arrivée les tremblements me reprendre. Je me forçai à penser à mon père, à qui je devais bien des coups qu’il m’avait asséné alors que je n’étais pas en mesure de les rendre. Puis, avec une douleur moins aiguë mais néanmoins présente, je sentis les craquements presque singuliers de mes os qui se cassaient, se reformaient, et en un rien de temps, je fus de nouveau cet énorme loup blanc. Gentiment, je pris dans ma gueule les poignées du sac et m’élançai dans la forêt, me servant de mon instinct primitif pour me guider. Seulement, une fois la traversée du pré entamée, j’entendis des petits jappements et ne tardai pas à distinguer, à la lisière du pâturage, la meute de chien, quelques uns couchés, d’autres assis, d’autres debout. Layla se détachait du groupe même si d’autres avaient un pelage semblable. Elle était assise, droite et majestueuse, et me regardais venir. Son hurlement d’avertissement me glaça le sang et je faillis m’arrêter, mais au lieu de cela, je me sentis happé par une frénésie indomptable et me précipitai directement sur eux. Ignorant la clôture électrique, je baissai la tête et fonçai directement dedans, emmêlant mon pelage et écorchant ma peau avec les fils, je les arrachai sans trop de difficulté. Entraîné par mon élan, je percutai aussi d’autres loups qui, cette fois pourtant, étaient décidés à ne pas me laisser filer. Je me fis entourer bien vite une deuxième fois et cette fois, dès que j’approchais de la lisière du cercle, ceux de derrière semblaient avoir reçu l’ordre de me sauter sur le dos, ou tout du moins un d’entre eux pour me refermer sa mâchoire puissante sur les jarrets. Je luttai du mieux que je pus, ruant sur ceux que je pouvais, mais alors c’était un loup sur le côté qui me fonçait dans les flancs, puis reprenait sa place. Les attaques-éclairs se multiplièrent et bientôt, je fus étourdi et meurtri. Finalement, titubant de confusion et de douleur, je tombais sur mon postérieur et vacillai dangereusement sur le côté, mais alors que j’allais tomber, une relativement petite louve d’un roux flamboyant vint me porter appui en se plaçant sur ma droite. Puis, je basculais de l’autre côté, mais un loup d’un brun noisette doré me soutint comme l’avait fait la rouquine. Layla pénétra dans le cercle et vint s’asseoir devant moi. Elle releva le nez et hurla longuement, avec ce qui me semblait être un sourire de loup. Les autres aussi se mirent à hurler et bientôt, un concert de voix s’élevèrent, mêmes ceux qui me soutenaient joignirent leur hurlement à celui de la meute. Seul moi demeura silencieux comme une tombe.

    Puis, Layla s’approcha de moi et posa doucement son museau contre celui de la rouquine, qui acquiesça et se mit à lécher mes plaies ouvertes. Sa langue doucereusement chaude et humide me faisait du bien et je me laissai plus aller contre l’autre loup, commençant tranquillement à recouvrir mes esprits. Je glapis, me remémorant soudain que je devais être à Boston avant l’heure du thé. Hors, le soleil se couchant à l’horizon, l’heure devait grandement approcher. Je tentai de me remettre sur mes pieds, mais Layla gronda férocement et, presque instantanément, le loup sur qui je m’étais appuyé agrippa mon pelage avec délicatesse mais fermeté entre ses dents pour me retenir. La rouquine continuait de lécher mes plaies avec ardeur, les guérissant au fur et à mesure. Layla se plaça bien droite devant moi et me dit, satisfaite : « Marian, tu ne peux pas t’enfuir ainsi. Il faut m’écouter, au moins. J’ai une promesse à tenir. En tant qu’Alpha de cette meute, je suis tenue de respecter cette promesse. Ton père…
    - Mon père est à Boston! Il faut vite que je parte, que j’aille le voir, sinon, jamais plus je ne pourrai voir ma mère! J’ignore complètement ce qui m’arrive, mais ça m’est bien égal, je veux juste rentrer à la maison, je veux revoir ma mère.
    - Ton père, Marian, est mort. Ton vrai père je veux dire. Patrick est ton père humain, Ginger ta mère humaine, mais tu ne serais pas ce que tu es si tu n’étais pas un des nôtres. Et tu es bien plus qu’un simple fils de lycan, tu es le premier fils d’un père de deuxième type. Tu es surpuissant, Marian, tu ne t’en rends pas compte présentement parce que tu n’as pas atteint ta maturité animale, mais bientôt, tu verras comme tu seras un bon protecteur, je peux t’apprendre, Marian.
    - Mon père ne peut pas être personne d’autre! Mon père est un homme respectable, même si la guerre l’a détruit, même si pour lui je ne suis qu’un bon à rien, mon père s’appelle Patrick Candleberry et il est amputé d’une jambe, il est tyrannique et méchant et violent, mais c’est mon père! Et je dois aller libérer ma mère maintenant que je suis fort! Je ne veux rien apprendre, je veux juste rentrer.
    - Tu ne peux plus retourner chez toi, Marian. Laisse-moi te rappeler. Ferme les yeux, Marian. Imprègne-toi d’un sentiment de sécurité, de chaleur. Ouvre les yeux, mais pas les tiens. Ouvre les yeux, regarde dans ton esprit, dans ta mémoire. Tu le vois, je sais que tu le vois.
    - Je ne vois rien du tout », rétorquai-je.

    Mais dès que j’eus dit cela, je me mis à voir des bribes de film, des loups, tout autour, qui s’entraidaient, qui vivaient ensemble, puis des hommes et des femmes, tous très beaux et très musclés, qui étaient dans ce qui semblait être une réunion de famille. Puis, des visages apparurent et je me mis aussi à entendre des choses. Des voix, seulement des éclat, puis des mots, des phrases et un souvenir complet me revint. C’était moi, on dirait, mais en plus vieux, à quinze ans environ. J’étais avec cinq autres personnes, des filles. Une, en particulier, avait une chevelure d’un roux flamboyant. D’un coup, tout me revint. Les souvenirs m’assaillirent et je titubai en reculant, chassant les images confuses et mélangées de ma tête, je ne gardai qu’un nom, un seul. Je me tournai vers la petite louve rousse, je lui souris, je m’approchai d’elle et demandai, ému : « Beatrix? » Elle hocha simplement la tête et je redemandai : « C’est toi la sœur de Gabriel? Mon père? » Encore une fois, elle se contenta de faire oui de la tête. Mon corps se mit à trembler, ma vision se brouilla, puis je redevins humain et aussitôt, les larmes jaillirent de mes yeux comme d’une fontaine. Je me jetai au cou épais et doux comme de la soie de ma tante, je l’embrassai, je la serrai fort contre mon cœur.

    Je venais de trouver ma famille.

    Ma joie ne fut pas de longue durée, car Beatrix se retira docilement lorsque Layla lui lança un regard appuyé. Je me tournai vers elle et, ne prenant pas gare à ma nudité qui d’ordinaire m’aurait mis dans tous mes états, je m’avançai vers elle et lui demandai, la fixant dans les yeux avec une intensité brûlante : « C’est mon père qui vous envoie, n’est-ce pas? Il vous avait fait une promesse, mais… mais il est mort avant ma naissance?
    - Oui, Marian, il est mort maintenant depuis longtemps, mais ce que tu dois savoir, c’Est que tu n’es pas comme les autres, Marian. En toi coule le sang d’un loup de deuxième type. Et tu es un mâle.
    - De deuxième type, ça veut dire quoi? Comment est-il mort, est-ce que je peux m’en souvenirs de cela aussi?
    - De deuxième type cela signifie que tous les aînés, et seulement eux, peuvent se transformer. Mais puisque cela est pareil pour le premier type aussi, ce qu’il y a de différent entre les deux types, c’Est la transmission du gêne lupin. Chez les loups de premier type, tous les aînés sont des mâles puisqu’ils ont reçu leur gêne de leur père. Et chez le deuxième type, les aînés sont des femelles, parce qu’elles ont reçu le gène de leur mère.
    - Mais, comment je peux être un gars alors que je suis supposé descendre d’un deuxième type?
    - C’est justement là où j’en étais rendue. »

    Un murmure de désapprobation parcouru l’ensemble des autres loups quand je la coupai, mais je ne m’en souciais pas. Du bout de son nez, Layla m’indiqua un chemin à suivre. J’hésitai, regardant tour à tour mon sac de vêtement, pensant à ma mère et Layla, puis Beatrix. Où devais-je aller? Comprenant ma détresse, Beatrix est allée au devant de Layla, lui a léché l’épaule puis lui a demandé si je ne pouvais pas rentrer aller dire au moins adieu à mes parents. Puis, elle demanda à Layla de se souvenir de quelque chose qui, au début, fit se dresser la louve alpha et écraser Beatrix au sol, puis elle se radoucit et donna un petit coup de museau à ma tante qui vint me dire de m’habiller et de sauter sur son dos. J’hésitai un instant, et si j’étais trop lourd? et si nous n’arrivions pas à temps? Sentant mes questionnements, sûrement, Layla me poussa du nez vers ma tante qui agitait joyeusement la queue. Les sourcils froncés, je la fixai un instant, puis me décidai à monter, après tout, ça irait toujours plus vite qu’à pied. Elle me dit de me cramponner bien fort et si j’allais poser la question, j’eus la réponse avant et je dus me tenir à deux mains dans le poil court mais épais de ma tante tellement les secousses que ses muscles puissants provoquaient en galopant à une vitesse fulgurante, bien plus grande que la mienne. Et le pire, c’était que ça ne semblait pas du tout la faire forcer, comme si ce n’était qu’une petite marche. Nous remontâmes le chemin de fer sous le couvert des bois et je remarquai que nous allions à la même vitesse que le train, sinon plus vite.

    Perché sur le dos large et fort de Beatrix, je sentais le vent hurler dans mes oreilles, alors je devais me baisser pour ne pas être assourdi. Étrangement, mes sens semblaient beaucoup plus développés et je pouvais sentir toute sorte d’odeurs en chemin tandis que Beatrix continuait de galoper, concentrée, fonçant droit devant elle ― à croire qu’elle avait presque oublié que j’étais sur son dos! Nous dûmes traverser un champ à découvert et, si cela fut possible, Beatrix accéléra, courant le ventre au ras du sol. J’étais tellement penché en avant que mon visage aurait facilement pu s’enfouir dans son cou qui, sous la première couche de poil un peu rêches et colorés, se cachait un sous-poil d’un crème-orange magnifique et si doux qu’on aurait voulu s’y endormir. Ce que je fis, malgré moi, malgré mon stress. Bercé par les mouvements réguliers du corps de ma tante, mes paupières s’alourdirent et j’entrai dans un sommeil si profond que, pour me réveiller, une fois arrivés, Beatrix dû me jeter en bas de son dos. Mes sens, alertés par la chute et voulant prévenir le choc qui s’en venait, me firent ouvrirent les yeux et voir le sol juste à temps pour me placer dans une position où j’allais être stable en atterissant. Beatrix haussa les sourcils et murmura doucement : « Stupéfiant. » Puis, elle m’indiqua le reste du chemin à suivre en me disant qu’il me restait exactement trois minutes, quinze secondes et vingt-neuf centième pour arriver chez moi. Je me mis à courir, suivant avec précision le chemin que Beatrix m’avait donné, et arrivais chez moi juste au moment où la pendule sonnait l’heure du thé.Je balayai les alentours du regard, incertain, mais, prenant mon courage de petit garçon de onze ans à deux mains, je gravis les marches du perron et entrai avec un joyeux sourire.

    Bravement, je refermai la porte et lançait un « c’est Marian, je suis rentré! » m’attendant à trouver mes parents assis tranquillement à la table, ma mère servant la première tasse de thé à mon père. J’étais juste à temps. Mais il n’y avait aucun son dans la maison, pas même le théière que l’on soulevait de sa soucoupe, pas même les grognements mécontents de mon père ou la surprise de ma mère. Puis, soudain, je vis la maison. Son état. Tout avait été saccagé et, d’un coup, je reniflai une odeur nouvelle, étonnante, qui me rappelait quelque chose de désagréable, de dangereux. Je baissai les yeux et là, sur le sol, je vis les premières traces. Des traces de pas plutôt boueux et, encore une fois, cette odeur désagréable, mais un peu effacé, sur laquelle je n’Arrivais pas à me souvenir. Je mis un pied devant l’autre, guidé par des instincts qui, soudainement, s’animaient en moi, je me rendis jusqu’à la cuisine et là, je trouvai les corps de mes parents égorgés, portant d’horribles traces de morsures. Tout d’abord, je n’eus aucune réaction, puis, tout m’assaillit. L’odeur métallique. L’autre, plus estompée, irritante. Les traces au sol. Les morsures. Mes parents avaient été tués par un vampire! Aussitôt, sans même m’en rendre compte, je me précipitai dehors par la porte de derrière et me mis à courir furieusement de par où je venais d’arriver, à peine quelques minutes auparavent. À mesure que je courais, je sentais mes os craquer, changer et la douleur me plut et je m’en délectai, mais la colère l’emporta sur mon masochisme et, dans un grondement sourd, j’explosai dans ma forme lupin et accélérai. Je retrouvai sans difficulté la trace de Beatrix, qui s’était arrêtée en m’entendant me transformer. Je l’ignorai alors, mais en faisant parti de la meute, je n’aurais plus aucune intimité, je serais obligé de partager tous mes plus lourds secrets avec les miens, coûte que coûte. Pour l’instant, je ne pouvais que japper avec férocité en galopant de plus en plus vite, jusqu’à atteindre une vitesse fulgurante. Je freinai un peu trop tard et rentrai directement dans Beatrix. Nous roulâmes dans un concerts de glapissements et de grondements d’efforts sur un petit bout de chemin, puis je me relevai le premier et, sans même m’en rendre compte, je commençai à parler en irlandais, langue que j’ignorais ― du moins, je le pensais : « Beatrix, siad ... siad ... bhfuil siad marbh! Mo thuismitheoirí marbh, impigh mé tú, cabhrú liom, tá mé scanraithe sin! I, smelled mé vampire, ach tá sé imithe. Ó, tá sé sin Uafásach, bhí neart fola, agus a bhí siad bitten agus ... agus ... » Comme pour me rassurer, elle changea de langue aussi et me répondit en irlandais à son tour. Sa voix était si mélodieuse, tellement douce,a gréable, que je me calmai presqu’aussitôt, fermant à demi les yeux, appuyant mon corps lour dde fatigue et d’émotion contre le sien tandis qu’elle me rassurait ; « A thoil, a thoil ansin beidh sé dul ar mo buachaill. Calma síos, tá mé anseo. Ná téigh i ndiaidh dó, is dócha go mbeidh ar cad a theastaíonn sé. Come, teacht liom buachaill, anois tá tú ar cheann de na linn, ní mór duit a fhágáil anseo. Deireadh leis an íomhá de do cheann, beidh sé níos fearr a fháil. Tá a fhios agam Thaitin tú cuireadh dóibh, ach go bhfuil siad imithe. Shhh, mo álainn socair síos, tá sé ag dul chun dul ann, teacht, teacht agam go mbainfidh tú sólás. »

    Je l’écoutai et me pressai plus contre elle en tremblant de tout mon corps fait de muscles. J’étais traumatisé à vie, j’en étais certain, jamais je ne pourrais me faire à une autre vie, même pas à celle-ci, même si Beatrix était ma tante, même si Layla devait être ma dominante, j’avais l’impression que tout mon monde venait de s’écrouler, que plus jamais je ne pourrais relever la tête et sourire à la vie.

    J’avais onze ans quand mes parents sont morts. J’avais onze ans quand je me suis juré d’exterminer tous les vampires de la terre. Et j’avais encore onze ans quand j’ai découvert la vérité sur mon compte.

    *****


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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Dim 9 Mai - 15:31

    « I could stand up and sing you a song
    But I don't want to have to go that far and I
    I've got you down, I know you by heart
    And you don't even know where I start
    »

    Quand je revins vers Layla, en ma forme animale, la queue entre les jambs, les oreilles basses et le nez au ras du sol, Beatrix me soutenait pour que je puisse marcher correctement. La tristesse avait affaibli mon corps et mes apttes saignaient du voyage épuisant que nous avions fait pour aller de Boston jusqu’à Washington. Contrairement à l’aller où j’étais seulement un enfant sur le dos de Beatrix qui galopait à une vitesse époustouflante, nous rentrions maintenant vers la meute l’air piteux et découragés, deux jours plus tard. J’avais du prendre une décision. Est-ce que j’allais rester et risquer de me faire accuser du meurtre de mes parents ou bien je les laissais là et repartait avec Beatrix. Le choix ne fut pas difficile, mais le fait qu’elle m’interdit d’y retourner pour leur faire mes adieux ― je risquais de semer des preuves un peu partout ― fut plus difficile à avaler et nous eûmes une dispute haute en couleur. Finalement, elle me fit entendre raison, et mon état s’aggrave, au point où je n’arrivais plus à me retransformer en humain. J’étais piégé dans ma forme animale. Beatrix m’amena jusqu’à Layla, qui nichait dans une agréable maison de Washington. Depuis la mort de mon père à San Francisco, la meute avait suivi mes déplacements avec la plus grande discrétion, s’installant toujours dans une ville avoisinante. Cependant, ils ne pouvaient pas se permettre d’être une meute d’une trentaine d’individus dans une même ville, cela éveillerait la curiosité des humains, alors Layla avait éparpillé quelques familles de sa meute et elle s’était installée presque de façon permanente depuis environ dix ans, donc depuis que mes défunts parents s’étaient installés à Boston. Pas très grande, mais chaleureuse et vraiment belle. J’y entrai sans trop remarquer ces détails, trop atterré pour lever les yeux du parquet de bois foncé. Beatrix me lécha un peu l’épaule, puis se retira, mais je ne lui portai qu’une brève attention, reportant ensuite mes yeux sur le plancher. Layla était humaine et elle fronça les sourcils en me voyant dans un tel état.




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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Dim 9 Mai - 15:31

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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Dim 9 Mai - 15:32

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Lisbeth B. O'Connor
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● Citation: When other little girls wanted to be ballet dancers I kind of wanted to be a vampire.
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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Dim 9 Mai - 16:49

Enfin un nouveau loup parmi nous Smile
Bienvenue Smile

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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Dim 9 Mai - 16:52

Vous manquez de loup? ^^
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Alexander P. MacDraw

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● Citation: Il y a une extase qui marque le sommet de la vie, et au-delà de laquelle la vie ne peut pas s'élever. Et le paradoxe de la vie est tel que cette extase vient lorsque l'on est le plus vivant, et elle consiste à oublier totalement que l'on est vivant.
● Relations:

MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Dim 9 Mai - 22:46

    Oh oui. Tu sauves notre meute. What a Face
    Bienvenue parmi nous.
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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Dim 9 Mai - 23:00

Eh bien ça tombe bien parce que j'avais envie d'avoir un personnage qui était un peu en "besoin" si je puis dire ^^
Merci beaucoup!
Bon, je pense que quelques précisions s'imposent parce que je sais qu'à date, tout cela ne parle même pas de Marian. Mais Gabriel est le père de Marian et il est très important que je parle de lui parce que c'est à cause de lui que Marian, fils unique de Ginger Van Cleaven et beau-fils de Patrick Candleberry, est ce qu'il est. Bref, j'entre dans la partie où vous pourrez commencer à comprendre le lien entre l'histoire de Gabriel et la vie actuelle de Marian (même si, je sais, vous ne savez rien de sa vie actuelle XD)

Bon, je continue!
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Declan W. Bowden
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● Âge Du Perso: 247 ans
● Citation:
● Relations:

MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Mar 11 Mai - 0:16

Bienvenue ici. Wink
T'inquiètes pas pour la fiche, on lit ça quand c'est fini pour avoir toutes les infos. Wink

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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Mar 11 Mai - 0:18

Ok! Si vous voulez pas vous embêter à lire de simples précisions sur ce qu'est Marian, vous pouvez commencer à partir du 2e message XD
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Livia S. Hagebak
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● Âge Du Perso: 79 ans. En paraît 21, l'âge de son décès.
● Citation: Vous avez tort. J’entends les cris, je vois l’effroi, l’horreur, le sang, la mer, les fosses, les mitrailles. Je blâme. Est-ce ma faute enfin ?
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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Jeu 13 Mai - 18:12

Bienvenue parmi nous.
Très jolie fiche. Tu as un style d'écriture super agréable et tu nous raconte une véritable histoire. Ca fait du bien de telles fiches. Par contre, j'ai relevé quelques petites erreurs.
Dans la première partie, Gabriel utilise un portable pour appeler sa mère. Laughing Impossible.
Ensuite, Babylon n'a jamais été aux mains des graous. Dröwan ne peut donc avoir éliminé Clarence. S'ily a des graous à Babylon, c'est seulement des rebelles de la Confrérie des Aniotas. Et cette dernière était encadrée par la famille Hoover. Wink
La deuxième partie est tout aussi bien.
J'attends la suite. Bon courage.

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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Ven 14 Mai - 3:46

Ah! mais quelle honte, un portable dans les années 30! Oh mon Dieu! une chance que tu m'as fait remarqué, j'avais complètement oublié l'époque MDR. Je changerai Babylon pour une autre ville, alors, il n'y a pas de problèmes, ça m'arrange pas mal plus que de devoir réécrire au complet ><

Par contre, tant qu'on y ait, j'aimerais bien avoir quelques petits éclaircissements. Actuellement, le sloups qui sont à Babylon, dans les Crusaders plus précisément, est-ce d'anciens Aniotas? ou bien quelque chose d'autre, j'avoue m'être un peu perdue ^^

Ensuite, eh bien, merci beaucoup pour de tels compliments, j'ai peu de temps à moi cette semaine, mais je promets de rajouter un bout au moins chaque jour, même si ce sera très peu, j'aurai certainement terminé d'ici la semaine prochaine, tout au plus la suivante, mais je ne pense pas que cela ira jusque là ^^
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Livia S. Hagebak
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● Citation: Vous avez tort. J’entends les cris, je vois l’effroi, l’horreur, le sang, la mer, les fosses, les mitrailles. Je blâme. Est-ce ma faute enfin ?
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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Ven 14 Mai - 12:50

Laughing Pas de souci. On est là pour ça.
Bien sûr, c'était juste pour Babylon, prend la ville que tu veux. Les autres villes, rien n'a été précisé. Mais Babylon, c'est Jérusalem pour les vampires alors les graous, ils y mettent pas les pieds en principe. Wink

Pour ce qui est des graous chez les Crusaders, oui, ce sont tous des Aniotas. Les graous classiques respectent le pacte. Pas les Aniotas. Et comme l'union entre R. et Aniotas s'est faite après avril 73, seuls ceux qui étaient présents ont pu se lier avec eux. Donc, les Aniotas uniquement. Maintenant, n'importe quel graou peut rejoindre les Aniotas quand il veut. Il peut aussi être envoyé par d'autres membres de la Confréri, ce d'autant plus que les graous se font rares à Babylon.

Si tu as d'autres questions n'hésite pas. Wink

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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Ven 14 Mai - 23:34

Merci beaucoup! Ça m'éclaire vraiment gros pour l'arrivée de Marian, puisque je comptais le faire débarquer à Babylon juste au moment où les hostilités deviendront plus palpables, donc en même temps, j'ai une nouvelle question : puis-je intégrer dans l'histoire de Marian qu'il a participé à la bataille?

En attendant, j'avance encore petit à petit, mais ce week-end, je ne pense pas vraiment pouvoir écrire beaucoup ^^
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Livia S. Hagebak
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● Citation: Vous avez tort. J’entends les cris, je vois l’effroi, l’horreur, le sang, la mer, les fosses, les mitrailles. Je blâme. Est-ce ma faute enfin ?
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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Sam 15 Mai - 14:03

Bonjour,

Bien sûr que tu peux l'intégrer dans la bataille. Y a pas de souci. Wink
Hâte de lire la suite.

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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Mer 19 Mai - 2:30

Bienvenue ici m'sieur! =)
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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   Mer 19 Mai - 13:20

D'accord, alors je m'y remets dès que j'ai un peu de temps!
Merci Éléaunore Razz
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MessageSujet: Re: Marian Candleberry { and the proud wolf became a obedient sheep...   

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